Les polluants de courte durée de vie contribuent au réchauffement de l'Arctique

Mardi, 20 Novembre 2007

Réduire immédiatement les concentrations atmosphériques de méthane, d'ozone troposphérique et de carbone suie, afin de retarder la fonte de l'Arctique : voilà la recommandation unanime d'un quarantaine d'éminents climatologues, après la conférence internationale SPAC (Short-lived pollutants and Arctic climate)(1) d'Oslo à laquelle participait Kathy Law du Service d'aéronomie (SA/IPSL, CNRS / Université Paris 6 / Université Versailles St-Quentin).

Les températures arctiques ont augmenté en moyenne presque deux fois plus vite que sur l'ensemble du globe au cours des 100 dernières années [GIEC, 2007](2). Ce réchauffement s'est traduit par un démarrage plus précoce de la fonte printanière, un rallongement de la saison de fonte et une diminution de la couverture de glace du Groenland et de l'étendue de la glace de mer. En outre, la glace étant, de loin, la plus réfléchissante des surfaces terrestres, ces tendances induisent une réduction de l'albedo en Arctique et donc une augmentation du chauffage de cette région par le soleil (rétroaction positive qui amplifie le réchauffement initial). Il est encore impossible de prédire à quelle échelle de temps l'effondrement de la calotte groenlandaise et la disparition de la glace de mer d'été risquent de se produire, ni quelles en seront les conséquences régionales et globales pour le changement climatique.

Accueilli à Oslo du 5 au 7 novembre par l'Institut norvégien pour la recherche sur l'air (NILU), la deuxième conférence sur les polluants de courte durée et le climat arctique rassemblait 40 des principaux climatologues de l'Europe, de l'Asie et des États-Unis.
La réduction des concentrations atmosphériques du CO2 constitue l'épine dorsale de tout effort significatif visant à atténuer le forçage climatique. Cependant, même si des réductions rapides et importantes étaient réalisées, compte tenu de la longue durée de vie du CO2 dans l'atmosphère, il est probablement trop tard pour que cela permette de retarder fortement la fonte rapide de la mer de glace arctique en été.
Par conséquent, l'objectif visant à ralentir et même inverser ces tendances, et en particulier à retarder le début de la fonte printanière, pourrait être beaucoup plus rapidement atteint en agissant sur les agents de forçage du climat de courte durée de vie, qui affectent également le climat arctique. L'avantage d'agir sur ces espèces par rapport au CO2 est en effet que leurs concentrations atmosphériques répondent rapidement à une réduction de leurs émissions, en quelques mois ou années suivant l'agent considéré, ce qui en conséquence modifie le forçage climatique plus ou moins immédiatement. Ces agents incluent le méthane, l'ozone troposphérique et le carbone suie, dont les concentrations atmosphériques sont fortement dépendantes des activités humaines.

Après trois jours de travail et de discussions, la conférence a donc conclu sur la déclaration suivante visant à alerter les pouvoirs publics sur les mesures immédiates à prendre :

  • réduire globalement les émissions de méthane,
  • mettre en application une stratégie de réduction de l'ozone troposphérique dans l'hémisphère Nord, en réduisant les émissions de NMVOCs (composés organiques volatiles précurseurs de l'ozone troposphérique), de monoxyde de carbone et de méthane, particulièrement aux latitudes élevées,
  • réduire au maximum les émissions locales de polluants de courte durée de vie (par exemple, celles issues du transport maritime),
  • mettre en oeuvre une stratégie de réduction des émissions de carbone suie dans l'hémisphère Nord, en visant entre autres les sources conduisant à un dépôt et à un assombrissement de la glace en Arctique, surtout pendant l'hiver et le printemps.


Événement extrême de pollution, observé le 2 mai 2006 par le glaciologue Jack Kohler (Norwegian Polarinstitutt) alors qu'il examinait un glacier du Svalbard, Norvège. © John F. Burkhart (NILU).

Note(s): 
  1. Cette conférence a été commanditée par le Projet international Chimie atmosphérique globale (International Global Atmospheric Chemistry Project - IGAC), du Programme international Géosphère - Biosphère (International Geosphere Biosphere Programme - IGPB), du Groupe de travail Air pur (Clean Air Task Force - CATF), des États-Unis, du Centre de politique du climat (Climate Policy Center - CPC) et de l'Institut norvégien pour la recherche sur l'air (Norwegian Institute for Air Research - NILU).
    Une première conférence avait eu lieu à New York à l'institut Goddard pour les sciences de l'espace (Goddard Institute for Space Sciences - GISS) de la NASA sur invitation seulement. En raison de son succès, la tenue d'une série de conférences ouvertes à tous les scientifiques a été décidée, afin de suivre les travaux durant l'Année polaire internationale (API), avec pour objectif d'évaluer le niveau de compréhension de l'impact des polluants de courte durée de vie sur le climat arctique et de donner un aperçu des recherches nécessaires pour l'améliorer. La conférence accueillie par NILU était la deuxième sur le thème.
  2. Climate Change 2007 - The Physical Science Basis Contribution of Working Group I to the Fourth Assessment Report of the IPCC (ISBN 978 0521 88009-1 Hardback; 978 0521 70596-7 Paperback)
Pour en savoir plus: 
Contact(s):
  • Kathy S. Law, LATMOS/IPSL
    kathy [dot] law [at] latmos [dot] ipsl [dot] fr, 01 44 27 84 21

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