Réchauffement climatique : où en sont les recherches sur le rôle des aérosols ?

Vendredi, 23 mai 2003

Olivier Boucher, chercheur au Laboratoire d'optique atmosphérique (CNRS - université des sciences et technologie de Lille) et membre du Groupement intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC)(1) a cosigné dans la revue Science du 16 mai 2003, avec six chercheurs de la communauté scientifique internationale, un article de fond sur la problématique du changement climatique. En faisant référence à une vingtaine d'articles scientifiques récemment publiés, il souligne plus particulièrement l'effet des aérosols qui refroidissent le climat comparé aux gaz à effet de serre qui provoquent un réchauffement. Cette synthèse permet de mieux comprendre les orientations futures à donner aux recherches sur les mesures des aérosols.

Le réchauffement climatique est attribué à l'augmentation de la concentration en gaz à effet de serre, qui provoque une perturbation positive du bilan radiatif ou « forçage radiatif positif ». Cependant, les aérosols (particules atmosphériques) d'origine humaine refroidissent le climat par réflexion du rayonnement solaire incident et modification des propriétés des nuages. Cette perturbation climatique des aérosols est très mal quantifiée. Elle est estimée selon deux méthodes, directe ou inverse. Les méthodes directes sont basées sur une estimation de la quantité d'aérosols anthropiques présents dans l'atmosphère et de leurs propriétés physiques et optiques. Les méthodes inverses supposent que l'on peut expliquer le réchauffement actuel par l'ensemble des perturbations radiatives. Ainsi le forçage radiatif est obtenu à partir du forçage radiatif total nécessaire pour expliquer le réchauffement actuel minoré des autres forçages radiatifs connus (dont celui des gaz à effet de serre). Or il existe une incohérence entre les valeurs du forçage radiatif élevées obtenues par des méthodes directes et les valeurs faibles révélées par des méthodes inverses. Soit les premières sont fausses, soit les estimations des méthodes inverses sont artificiellement faibles car elles ne prennent pas en compte toutes les incertitudes. Pour Olivier Boucher « il ne serait pas prudent de ne retenir que la première explication. Il convient de continuer à travailler sur les estimations directes de l'effet des aérosols et de chercher à résoudre cette incohérence ». En effet, les prévisions climatiques seraient plus incertaines si les incertitudes autour des effets radiatifs actuels des aérosols étaient prises en compte proprement. Si le forçage radiatif des aérosols est très négatif, la sensibilité climatique est alors élevée et donc le réchauffement climatique futur risque d'être plus important. Au Laboratoire d'optique atmosphérique, les recherches contribuent à réduire les incertitudes sur les effets climatiques des aérosols par des simulations de la distribution globale des aérosols et des observations des aérosols et des nuages depuis l'espace. Le LOA finalise ainsi sa participation en 2004 à l'AQUA-train, série de satellites d'observation de la Terre, volant en formation et combinant toutes sortes de mesures.

Note(s): 
  1. Les documents produits par le GIEC servent de référence dans le cadre des négociations internationales sur les gaz à effet de serre, comme le protocole de Kyoto...

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