MarsiteCruise : Une campagne pour mesurer le mouvement de la faille nord-anatolienne en mer de Marmara

Communiqué de presse

Lundi, 17 novembre 2014

La mer de Marmara est située le long de la faille nord-anatolienne, qui sépare la plaque Anatolienne de la plaque Eurasie. A terre, la faille est bien connue, elle est constituée de différents segments, qui ont tous connu des séismes majeurs au cours des siècles précédents, le dernier datant de 1999. En mer, la situation est plus difficile à appréhender du fait de la colonne d’eau pouvant atteindre jusqu'à 1200 mètres.
Afin de mesurer directement le mouvement de la faille dans sa partie sous-marine, des équipements de géodésie fond de mer (« distancemètres » acoustiques), développés avec la société anglaise Sonardyne, ont été déployés par des équipes du CNRS et de GEOMAR (Allemagne) pendant la campagne MarsiteCruise qui vient de s'achever. Coordonnée par l'Ifremer, cette mission s'est déroulée à bord du navire océanographique Pourquoi pas ? dans la région d’Istanbul. Elle a été réalisée  dans le cadre du programme « MARSITE » soutenu par l’Union européenne et coordonné par le KOERI (Kandilli Observatory and Earthquake Research Institute), basé à Istanbul.




La campagne MarsiteCruise vient de s'achever. Les distancemètres fond de mer déployés mesureront en continu pendant cinq ans les déplacements le long d’un segment de faille. Combinées aux enregistrements sismologiques et aux mesures géodésiques à terre, ces mesures permettront de mieux caractériser le fonctionnement actuel de la faille. Les prélèvements de fluides effectués permettront de préciser la nature des gaz qui remontent le long de la zone de faille.

L’objectif des sondages acoustiques et des carottes de sédiments acquis lors de cette campagne est de reconstituer l’historique des tremblements de terre qui ont affecté la région d’Istanbul au cours des derniers millénaires.

Une collaboration franco-turque ancienne

Suite aux séismes du 17 août et du 12 novembre 1999 à Izmit, de nombreux programmes de recherche en science marine ont été mis en place en Turquie, dans le cadre de collaborations internationales, avec les pays dotés de moyens océanographiques d’intervention en mer.
C’est dans ce contexte que depuis 1999, la France et la Turquie poursuivent une collaboration extrêmement active dans le domaine marin : pas moins de huit campagnes océanographiques ont été conduites avec les moyens français, confiés à l’Ifremer et à l’IPEV notamment.
Une partie de ces campagnes a été réalisée avec le soutien de l’Union européenne, c'est le cas de la campagne Marsitecruise, conduite des équipes Ifremer et CNRS dans le cadre du programme européen MARSITE, piloté par le KOERI. Ces projets ont impliqué de nombreux instituts de recherche en France (Ifremer et CNRS1 en particulier) et en Turquie (ITU, KOERI, MTA, TUBITAK-MAM, DEU).

Des perspectives prometteuses

Ces campagnes ont permis d’obtenir des résultats scientifiques de premier ordre sur le tracé exact de la faille et sur son mode de fonctionnement. En 2000, des levés bathymétriques ont permis de détailler le tracé sous-marin de la faille et de ses ramifications (ENS Paris). En 2001, des profils sismiques ont révélé la structure profonde de la faille (IPG Paris). En 2002, des observations par engin sous-marin téléopéré ont découvert des sorties de fluide au droit d'escarpements de la faille (IPG Paris). En 2002 et 2004, des carottages réalisés par le navire Marion Dufresne ont permis de dater des horizons sédimentaires et d’estimer la vitesse de la faille (15-20 mm/a) sur les derniers 45000 ans (CEREGE (CNRS/AMU/IRD/Collège de France) et Ifremer). En 2007, les plongées du Nautile, sous-marin habité de l'Ifremer, ont notamment montré que la faille découpe des réservoirs gaziers (CEREGE et Ifremer). Depuis 2009, les instruments sous-marins déployés par les équipes françaises et italiennes apportent des informations précieuses sur le rôle du gaz sur l’activité de la faille.

Les premiers résultats confirment toute l’importance d’avoir une capacité d’investigation dans le domaine sous-marin. Pour que la surveillance de l’environnement et des risques naturels soit tout à fait efficace, des observatoires doivent être déployés en fond de mer, au plus près de la faille. Le premier déploiement, prévu pour 5 ans, de « distancemètres » sous-marins par une équipe française du CNRS contribue à cette approche.



La mer de Marmara est aujourd’hui identifiée comme une des zones prioritaires à étudier par l’Union européenne, elle sera ainsi l'objet d'études approfondies dans le cadre du projet européen EMSO, et sa déclinaison française EMSO-FR soutenue par le CNRS et l’Ifremer, visant à favoriser l’implantation d’observatoires sous-marins permanents sur les côtes européennes.

Note(s): 

Les laboratoires suivants sont concernés : le laboratoire « Domaines océaniques » (CNRS/UBO) qui fait partie de l’IUEM, le LIENSs (CNRS/Université de la Rochelle), le CEREGE (CNRS/AMU/IRD/Collège de France), le CRPG (CNRS/Université de Lorraine) et le LOCEAN (CNRS/UPMC/IRD/MNHN) qui fait partie de l’IPSL.

 

Contact

Anne Deschamps, Domaines Océaniques (CNRS/UBO/IUEM)
Anne [dot] Deschamps [at] univ-brest [dot] fr ; Tel : +33 2 98 49 87 58 / +33 6 26 44 97 20

La reprise des actualités du site est autorisée avec la mention "Source : Actualités du CNRS-INSU" et un lien pointant sur la page correspondante.