Harumi Isaka (1938-2016)

Vendredi, 11 mars 2016

La recherche internationale et la communauté de microphysique des nuages, la communauté du transfert radiatif, ses collaborateurs et amis sont profondément attristés de la disparition d’Harumi Isaka, survenue le 23 février 2016.

Harumi Isaka, de nationalité japonaise est né en 1938 à Osaka. Son parcours de recherche débute au Japon lors de sa thèse, dirigée par le Prof. Yamamoto, à l’Université de Tohoku, Sendai. Elle s’intitule : « Determination of Effectiveness of Artificial Stimulation of Snow in Tohoku District, Japan ». En 1964, il arrive en France à l’Observatoire de Clermont-Ferrand comme boursier du gouvernement français. Il est recruté en 1965 comme chargé de recherche au CNRS au Laboratoire de Météorologie Physique. Il obtient 4 ans plus tard (1969) son Doctorat d’État sur le sujet "Détermination théorique et vérification expérimentale des conditions de formation de la glace dans l’atmosphère". Sa carrière de recherche est brillante au CNRS, il est promu Directeur de Recherche en 1984. En 1994, il se convertit au métier d’enseignant chercheur en devenant Professeur à l’Université Blaise Pascal, où il enseigne alors la dynamique de la couche limite et le transfert radiatif dans les nuages.

Harumi Isaka a assuré deux mandats de direction au LAMP de 1992 à 2000. Il a formé plus d’une trentaine de doctorants dont la plupart ont fait leur carrière en recherche académique et ont occupé des postes à responsabilité à la présidence de l’Université, à Météo-France, à l’INRA, au Laboratoire des Ponts et Chaussées, à l’INSU et à l’Agence Spatiale Européenne. Harumi Isaka a initié et permis de développer des collaborations, de nombreux contrats avec les organismes et grands opérateurs de recherche comme l’ONERA, la DGA, le CNES, l’Europe, les agences spatiales européenne, américaine et bien sûr japonaise.

Au cours des années 70, il travaille sur la nucléation de la glace et les processus microphysiques associés. En 1972-1973 il est au NCAR à Boulder (É.-U.), où il acquiert et développe ses compétences sur la calibration et la correction des systèmes de mesures aéroportées, savoir qu’il importera et développera en France. En 1977, il participe activement à la campagne MOUSSAFRICA sur l’étude des cumulonimbus et de la convection tropicale. Dans les années 90, ses recherches s’orientent vers l’étude du transfert radiatif dans les nuages, et en particulier les cirrus : le projet européen ICE/EUCREX est une réussite. Il s’investit dans l’étude de l’hétérogénéité des nuages et son impact sur rayonnement via le transfert radiatif ou encore la chimie des nuages. Au milieu des années 90, sa maturité scientifique lui permet la mise en œuvre de méthodologies statistiques novatrices pour des applications en télédétection spatiale et pour interpréter les mesures microphysiques aéroportées. En collaboration avec les mathématiciens, il développe des méthodes neuronales qu’il applique jusqu’à l’étude du couvert végétal.
Toutes les questions abordées par Harumi ISAKA sont toujours d’une étonnante actualité (les nuages glacés, la convection nuageuse, les interactions entre nuages, rayonnement, climat). Harumi Isaka aimait les questionnements complexes et originaux, les défis intellectuels. Nombre de ses collègues et étudiants se rappellent les discussions longues et animées jusque très tard dans la soirée, voire dans la nuit. Ils ont en mémoire le désordre, mais aussi la richesse de son bureau où s’amoncelaient à l’infini les publications et les ordinateurs. Tout au long de son parcours, il faut relever sa grande curiosité scientifique à travers la diversité des sujets abordés et les difficultés théoriques associées, mais aussi son souci permanent de transmettre aux plus jeunes chercheurs. Il est le « père spirituel » de plusieurs générations de doctorants. Il a su réorienter les axes de recherche du laboratoire vers l’étude des propriétés radiatives et chimiques des nuages. Il a su exploiter et développer des savoir-faire uniques en mesures aéroportées, rendant entre autres le LaMP attractif pour le recrutement de chercheurs étrangers de renommée internationale.

Il restera une personnalité de référence, un homme de science, un artiste élégant dans l’exercice de ses recherches qui a marqué la carrière des plus anciens et qui sert de base à de nouvelles recherches portées par les étudiants qu’il a formés.