Des forages dans une structure d’impact : Une première en France à Rochechouart

Lundi, 11 septembre 2017

La première campagne de forages scientifiques dans l’unique structure d’impact en France a débuté le 5 septembre 2017 à Rochechouart. Situés en Charente en Haute Vienne, au coeur de la Réserve naturelle nationale de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon, ces forages auront pour mission d’extraire les traces passées d’un impact entre la Terre et un astéroïde de 1 km, voici 200 millions d’années. Plusieurs forages jusqu’à une profondeur de 150 mètres seront réalisés pendant 2 à 3 mois sur huit sites de la réserve. Pour que les scientifiques se saisissent pleinement de la richesse offerte par cette campagne de forage, le Centre international de la recherche sur les impacts et sur Rochechouart (CIRIR)1 a été créé en 2016 et pilotera ces explorations en assurant l'interface avec la recherche internationale. Une soixantaine de chercheurs2 d’une douzaine de nationalités est associée au CIRIR pour l’exploitation de ces données. L’enjeu est bien d’instituer le site de l’Astroblème comme un laboratoire naturel au bénéfice de la recherche nationale et internationale.

La structure d’impact météoritique de Rochechouart constitue un gisement de savoirs unique dans le panorama des rares analogues terrestres aux grands impacts observés sur les surfaces planétaires. Les mécanismes fondamentaux auxquels le site donne accès intéressent autant les géologues et des planétologues (formation et évolution des planètes) que les biologistes (habitabilité des planètes, émergence de la vie, évolution).

Formé il y a 200 millions d’années, cette structure est peu étudiée et ses richesses peu exploitées comparativement à d’autres structures d’impact dans le monde. Cet impact météoritique majeur a perdu son expression topographique et seul le centre de l’objet est préservé. Des brèches, assemblage de débris et de produits résultant de la fusion provoquée par l’impact, sont les seules traces observées aujourd’hui à la surface et il est essentiel de réaliser ces forages pour comprendre les transformations minéralogiques et chimiques des roches en profondeur.


Premier forage sur le site de Rochechouart réalisé le 5 septembre 2017. Crédits : CIRIR/Philippe Lambert

L’étude des roches en profondeur est déterminante pour connaître la forme et la taille initiale du cratère. La nature de l’impacteur ainsi que l’âge de l’impact seront affinés, la cinétique de refroidissement précisée, de même que les effets de l’eau, notamment ceux dus à la mer de l’époque située très près de l’impact. Au-delà de ces aspects spécifiques à Rochechouart, les forages vont permettre de renseigner des processus beaucoup plus généraux, communs à tous les impacts sur toutes les planètes. Cela inclut la mécanique de formation des grands cratères d’impact, la caractérisation des processus hydrothermaux induits par les impacts et l’évaluation des effets possibles des grands impacts sur l’habitabilité des planètes et sur l’émergence de la vie.


Premières carottes de roches d'impact extraites dans les premiers mètres de la structure d'impact de Rochechouart. Crédits : CIRIR/Philippe Lambert

 

 

 

Note(s): 

1-Le Centre International de la Recherche sur les impacts et sur Rochechouart (CIRIR) est soutenu par les collectivités locales (la POL, Communauté de Commune Porte Océane du Limousin)  et un conseil scientifique constitué de scientifique issues d’institutions françaises (Universités, CNRS) et internationales aura pour mission de gérer la mise en place de ces forages et le stockage des quelques centaines de mètres de carottes extraites. Cette campagne de forage financée par l’Etat (50 000 euros), l’Europe (45 000 euros), le Conseil Départemental de Charente (1500 euros) et de Porte Océane du Limousin (23 000 euros) réalisera une vingtaine de sondages dont 7 à plus de 40 m de profondeur et un à plus de 100 m. La carotteuse délivrera des carottes de gros diamètre (près de 10 cm) par tronçons de 1.50 m dans les roches dures que sont les brèches d’impact et le socle cristallophyllien sous le cratère.

2-Institutions françaises impliquées :
  • Géosciences Environnement Toulouse (GET) 
  • LPGN (Laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes)
  • Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques (CRPG), Nancy
  • Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (CEREGE)
  • Géosciences Paris Sud, Paris Saclay
  • Centre de biophysique moléculaire, Orléans
  • Université de Limoges
  • Géosciences Montpellier
  • Institut Chimie des Milieux et Matériaux de Poitiers
  • Institut des Sciences de la Terre, Orléans
Contact(s):
  • Sylvain BOULEY, GEOPS (CNRS/Université Paris Sud)
    sylvain [dot] bouley [at] u-psud [dot] fr, 01 69 15 61 49

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