Une « anomalie » dans le manteau de la Terre

- communiqué de presse

Jeudi, 13 février 2003

79 dragages (5 tonnes de roches) ont été réalisé tous les 40 km le long de la dorsale sud ouest indienne, entre 5500 et 3000 mètres de profondeur. © INSU-CNRS. Catherine MEVEL. La composition chimique des basaltes de l'océan Indien indique que le manteau terrestre est très différent de celui de l'Atlantique et du Pacifique. En particulier, les analyses chimiques révèlent un curieux manque de titane. C'est ce que montrent cinq chercheurs du Laboratoire de géosciences marines(1) et du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques(2), du département CNRS des sciences de l'Univers, dans la revue scientifique Nature.

Pour étudier l'intérieur de la terre, accessible en surface par l'activité des volcans, ces scientifiques se concentrent surtout sur l'étude des dorsales océaniques, chaîne de volcans sous marine longue de 60 000 km. A l'intérieur de la Terre, les températures élevées du manteau et leurs variations, entraînent des courants convectifs. En connaître toutes les caractéristiques permet d'expliquer l'histoire de la planète, son état thermique et son évolution.

Vouloir prélever des roches par plus de 5000 mètres de profondeur afin de déterminer la température du manteau, devient une gageure ! Poursuivant ce but, les chercheurs Christine Meyzen, Mike Toplis et John Ludden ainsi que Catherine Mevel, Eric Humler ont organisé en 1997 la mission océanographique EDUL, étude d'une dorsale ultra lente(3) à bord du navire océanographique Marion Dufresne.

La campagne a permis d'obtenir des images très fines du fond de l'Océan Indien et de prélever plus de 5 tonnes d'échantillons grâce à une nouvelle méthode de dragage. Plusieurs années ont ensuite été nécessaires à l'analyse de la composition chimique des basaltes récoltés.

Ces analyses permettent de déterminer la température interne de la Terre sous cette portion de dorsale. C'est la région la plus froide de toute la chaîne des dorsales mondiales : la température est de l'ordre de 1200°C degrés (le point le plus chaud est de l'ordre de 1460°C degrés) et se situe à - 5000 mètres.

Si l'histoire thermique du globe est ainsi enrichie, l'analyse a aussi révélé un manque important de titane. Les chercheurs publient leurs hypothèses sur les mécanismes géochimiques en jeu dans la revue scientifique britannique Nature du 13 février 2003.

Note(s): 
  1. Centre de recherches petrographiques et géochimiques (CRPG), laboratoire propre du CNRS dont les thèmes de recherche sont : cosmochimie et planétologie ; cinétiques et bilans des processus magmatiques ; modélisation spatio-temporelle de la lithosphère ; environnements et paléo-environnements.
  2. Laboratoire Géosciences marines (LGM), l'une des 22 équipes de l'Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP). Unité mixte de recherche du CNRS, de IPGP et des universités de Paris 6 et Paris 7, son approche est multidiscipinaire : pétrologie, géochimie, géologie marine, géophysique marine et sismologie théorique.
  3. La dorsale indienne est un exemple type de dorsale ultra-lente (vitesse de l'écartement = 0,7 cm/an) et froide.

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