Le séisme de Vallorcine du 8 septembre 2005 : une nouvelle pièce dans le puzzle de la tectonique alpine

Mercredi, 26 octobre 2005

L'épicentre du séisme de magnitude 4,6 qui s'est produit le 8 septembre 2005 à 11h27min TU est à une dizaine de kilomètres au nord de Chamonix. C'est dans ce même secteur que s'était produit, le 29 avril 1905, un séisme qui avait provoqué des dégâts dans les vallées de Chamonix-Argentière, de Vallorcine et de Trient, et dont la magnitude est estimée entre 5,5 et 6 (1). La localisation de l'épicentre a été faite en temps quasi-réel par les agences nationales (RéNaSS-Sismalp en France, SED-ETH en Suisse). L'incertitude de ces premières localisations, de l'ordre de 5 km, a été réduite par la suite à 1 km. Dans les minutes qui ont suivi le séisme, un mécanisme au foyer montrant un décrochement dextre sur un plan de faille vertical était calculé par Sismalp. Pour cartographier plus en détail le segment de faille à l'origine du séisme, il était nécessaire d'observer les répliques en installant des capteurs sur le terrain. Une opération soutenue par l'INSU a été menée dans ce but.

Dès l'après-midi du 8 septembre, les sismologues de l'IPGS à Strasbourg, du LGIT à Grenoble et de l'ETH à Zurich, se sont concertés pour déployer 27 stations portables (24 en France et 3 en Suisse). Le dispositif a été mis en place à partir du 9 septembre au matin sous la responsabilité de Julien Fréchet (IPGS) et de Francois Thouvenot (LGIT) tout autour du massif des Aiguilles-Rouges où se trouvait l'épicentre. Un mois après le séisme, et après que plusieurs centaines de répliques ont été enregistrées, le dispositif a été retiré. Quatre stations ont été maintenues pour surveiller les répliques tardives qui continuent à se produire.

valorcine

L'analyse des enregistrements d'une semaine de répliques a d'ores et déjà permis de tirer les premières conclusions sur le séisme du 8 septembre : un segment de faille orienté N60°E et d'environ 3 km de longueur s'est rompu entre 2 et 4 km de profondeur. L'analyse des sismogrammes large-bande des stations européennes, dont celles du RéNaSS et du CEA-DASE en France, avait permis à l'ETH de déterminer le moment sismique et l'orientation des deux plans nodaux du mécanisme de ce séisme dès le 8 septembre après-midi. Des résultats identiques ont été obtenus à partir de 3 stations accélérométriques du RAP proches de l'épicentre par Bertrand Delouis de Géosciences Azur à Nice. L'ensemble de ces données préliminaires montre que le séisme est dû au glissement horizontal dextre, avec un décalage de quelques centimètres, d'un segment de faille verticale, grossièrement orienté dans le prolongement de la grande faille bordière du Valais Suisse qui est parallèle au Rhône (2).

Ces informations préliminaires, en complément des mesures GPS et des études géologiques, apportent un éclairage nouveau sur les caractéristiques de la déformation contemporaine de cette partie des Alpes. Ce séisme éclaire en particulier le débat sur les rôles respectifs de la tectonique active et de l'extension gravitaire à l'axe de la chaîne (1)et (2). Il montre qu'à proximité de la double zone de chevauchement expliquant l'altitude élevée du Mont-Blanc, une faille à coulissage horizontal dextre, parallèle à la chaîne, est actuellement active.

Source(s): 

(1) Alasset, P.J., van der Woerd, J., Cara, M., Meghraouiand M., Meriau, A.S. (2005), Eos Trans. AGU, 86(52) fall meeting suppl.

(2) Delacou, B., Sue, C., Champagnac, J.D. and Burkhar, M. (2004), Geophys. J. Int., 158, 753-774.

Leloup, P. H., N. Arnaud, E. R. Sobel,and R. Lacassin (2005), Tectonics, 24, TC4002, doi:10.1029/2004TC001676.

Maurer , H.R., Bukhard, M., Deichmann, N. and Green, A.G. (1997), Terra Nova, 9, 91-94.

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