Pourquoi et depuis quand le Mont-Blanc est-il si haut ?

Mardi, 18 octobre 2005

La hauteur exceptionnelle du Mont-Blanc est due à l'interaction de deux failles inverses bordant le massif, propose une équipe de chercheurs francais et allemands d'après de nouvelles observations de terrain, de nouvelles données géochronologiques et l'établissement d'une carte gravimétrique.


A environ 4810m, le Mont-Blanc est le point culminant des Alpes. Son altitude précise varie au cours du temps avec l'épaisseur de la calotte de glace sommitale mais, sous la glace, le sommet rocheux atteint une altitude de 4792m. La haute altitude de cette masse rocheuse est due à des processus géologiques qui, même s'ils apparaissent lents à l'échelle humaine, sont responsables de l'édification et de la morphologie des chaînes de montagne. Cependant, les modèles proposés pour l'édification du massif du Mont-Blanc ne permettaient pas de répondre à la question suivante : pourquoi et depuis quand le Mont-Blanc est-il si haut ?

Des chercheurs du Laboratoire de Sciences de la Terre de Lyon, du Laboratoire de Dynamique de la Lithosphère de Montpellier, du Laboratoire de Tectonique, Mécanique de la Lithosphère de l'Institut de Physique du Globe de Paris et de l'université de Potsdam se sont penchés sur la question. De nouvelles observations de terrain, combinées à l'analyse d'échantillons prélevés dans tout le massif et à l'établissement d'une carte gravimétrique du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges, leur ont permis de proposer une nouvelle carte structurale et la coupe associée. Elles mettent en évidence une succession d'événements de déformation, dont la chronologie absolue est déterminée grâce à la compilation de données existantes, et l'obtention de nouveaux âges géochronologiques. Les résultats de ce travail montrent que la plus haute topographie des Alpes est due à l'interaction de deux failles inverses.


Cette vue en coupe indique en rouge les deux failles inverses dont l'interaction est responsable de la hauteur exceptionnelle du Mont-Blanc. Sont également indiquées les autres phases de déformation et leur succession temporelle.

Le massif du Mont-Blanc et celui des Aiguilles Rouges sont composés de roches formées il y a environ 300 millions d'années, impliquées dans la collision Alpine initiée il y a 60 millions d'années entre le continent européen et l'Apulie promontoire du continent africain.

Mais ce n'est que depuis 22 millions d'années que ces massifs ont commencé à être exhumés, proposent les chercheurs. Depuis, une faille séparant les deux massifs s'est initiée il y a 12 millions d'années : la zone de cisaillement du Mont-Blanc. Cette zone de faille qui borde la vallée de Chamonix a provoqué une remontée du Mont-Blanc de 4 à 8 km au-dessus des Aiguilles Rouges. Elle semble inactive depuis 4 millions d'années, mais l'exhumation du Mont-Blanc pourrait se poursuivre le long d'une autre faille bordant le versant Italien du massif (rétro-chevauchement du Mont-Blanc). Ces deux failles bordant le massif ne sont pas parallèles et convergent sous la zone sommitale du Mont-Blanc, ce qui justifie son altitude exceptionnelle.

Cette nouvelle histoire structurale du Mont-Blanc s'intègre, en la précisant, à celle qui, à l'échelle des Alpes Occidentales, a vu les déformations progresser vers le Nord-Ouest. Elle met par exemple en évidence que la remontée du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges est contemporaine des plissements dans le Jura. Ceci a des implications mécaniques importantes sur le fonctionnement de la chaîne : l'existence d'une rampe crustale raide sous le Mont-Blanc connectée à un décollement plat sous le Jura par l'intermédiaire d'un chevauchement basal est ainsi confirmée.

Source(s): 

Alpine thermal and structural evolution of the highest external crystalline massif: The Mont Blanc,
Leloup, P. H., N. Arnaud, E. R. Sobel,and R. Lacassin (2005),
Tectonics, 24, TC4002, doi:10.1029/2004TC001676.

Une carte gravimétrique haute résolution du massif du Mont-Blanc - implications structurales,
Masson F., F. Gal, P.H. Leloup,
Comptes rendus Geoscience, vol. 333, issue 14, p. 1011-1019, 2002.

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