La paléontologie française : 200 ans dans les pas de Cuvier et Lamarck

Mercredi, 1 Février 2012

A la demande de la revue Palaeontologica Electronica, un groupe de chercheurs paléontologues de Lille, Montpellier et Lyon (1) dresse pour la communauté internationale un panorama et un historique de la recherche paléontologique en France. Nombreux sont les spécialistes dans le monde qui considèrent la France comme le berceau de la paléontologie. Au fil des siècles et des dernières décennies, la paléontologie française a su s'adapter aux évolutions technologiques, conceptuelles mais aussi structurelles et garder une place de premier ordre au sein de la communauté internationale. A lire en ligne dans Palaeontological Electronica Vol. 15.



Des noms illustres

Discipline entre les Sciences de la Vie et les Sciences de la Terre, mais touchant aussi aux Sciences Humaines et Sociales, la paléontologie fascine toujours le grand public et attire les foules dans les musées d’histoire naturelle, notamment grâce au fossile phare : le dinosaure. Il est moins connu que les mots « fossile », «paléontologie », « Jurassique », utilisés aujourd’hui dans le monde entier et dans toutes les langues, ont été inventés par les naturalistes français du XVIIIème siècle,

En effet, on doit à Georges Cuvier (1769-1832) non seulement d'avoir défini le Jurassique comme période géologique et inventé le mot "fossile", mais d'avoir également fait de la paléontologie une discipline scientifique, le terme « paléontologie » ayant été utilisée pour la première fois par Henri-Marie Ducrotay de Blainville (1777-1850), son successeur au Muséum. Quant à Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), fondateur de la paléontologie des invertébrés, il a posé les fondements de la biostratigraphie et de la paléoclimatologie.

Des sites d'exception aux collections et unités de recherche

La France dispose de nombreux sites fossilifères exceptionnels (« Fossillagerstätten »), tels ceux de Montceau-les-Mines dans le Carbonifère (période allant de ± -360 à -300 millions d’années), La Voulte-sur-Rhône, Canjuers ou Cerin dans le Jurassique (± -200 à ± -145 millions d’années), ou encore Creil, Menat, Coiron et Sansan dans le Cénozoïque (période allant de ± -65 millions d’années jusqu’à aujourd’hui). Depuis plusieurs siècles, les paléontologues français ont étudié ces fossiles, les accumulant en collections paléontologiques. Ces collections sont aujourd’hui abritées dans une cinquantaine de musées, parmi eux des collections dans les universités publics ou privées. Deux d'entre elles figurent parmi les plus importantes collections au monde : celle du Muséum National d’Histoire Naturelle et celle de l’Université de Lyon1 qui est également la plus grande collection française de fossiles d’invertébrés.


A la collection du Muséum est associé la plus grande unité de recherche CNRS dédiée à la discipline. Six unités de recherche CNRS accueillent actuellement plus d’une dizaine de paléontologues chacune (Paris, Lyon, Montpellier, Lille, Dijon et Poitiers), d’autres unités hébergent un plus petit nombre de chercheurs (Angers, Bordeaux, Brest, Rennes, Toulouse, etc.), tandis que beaucoup d’universités n’ont plus de paléontologues ou seulement un ou deux spécialistes.

 

La paléontologie du XXIème siècle

La paléontologie française reste bien visible au niveau international, avec des publications régulières dans les revues Science, Nature ou PNAS. Le recrutement de beaucoup de jeunes chercheurs dans la dernière décennie (remplaçant la génération des paléontologues, souvent spécialisés en taxonomie et biostratigraphie, recrutés durant les années 1960 et 1970) a permit de développer un renouveau significatif de la paléontologie française.

Les thèmes de recherches sont très vastes et couvrent tous les domaines de la paléontologie : paléontologie des vertébrés et des invertébrés, micropaléontologie, paléobotanique, paléontologie humaine, etc.
Les questions scientifiques sont à la fois biologiques (évolution et phylogénie, paléobiodiversité, etc.) et géologiques (biostratigraphie, paléogéographie, paléoécologie, paléoclimatologie, etc.). Dans ce contexte, le Comité Thématique de l'INSU « Terre Vivante » fédère les recherches à l’interface entre les « géosciences » et les « biosciences », notamment pour comprendre l’origine de la vie, les processus de fossilisation et de biominéralisation, ou encore la compréhension des cycles biogéochimiques et leur modélisation.

Note(s): 

1 - Géosystèmes (CNRS-INSU, Université Lille1), de l’ISE-M et du CIRAD (CNRS-INEE, Université de Montpellier2) et du LGLTPE (CNRS-INSU, Université de Lyon1 et ENS Lyon)

Source(s): 

Paleontology in France : 200 years in the footsteps of Cuvier and Lamarck. Thomas Servais, Pierre-Olivier Antoine, Taniel Danelian, Bertrand Lefebvre, Brigitte Meyer-Berthaud. Palaeontological Electronica Vol. 15, Issue 1 ; 2E : 13p.

Contact(s):
  • Thomas Servais, Géosystèmes (CNRS-INSU, Université de Lille 1)
    thomas [dot] servais [at] univ-lille1 [dot] fr, 03 20 33 72 20

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