Sous le soleil, exactement...

Vendredi, 11 juillet 2003

Le site paléontologique de Cruzy lors des fouilles de Juillet 2003. © CNRS / Photo : E. Buffetaut Quelle passion peut bien réunir tous les étés pendant une semaine, le garde champêtre, le viticulteur, l'ingénieur France Télécom, celui à la retraite et la pharmacienne de Cruzy, ce village de 830 habitants au coeur de l'Hérault ? La recherche d'os de dinosaures, crocodiles, grenouilles ...et la convivialité bien sûr.

10 spécimens par jour. C'est en moyenne ce que trouve l'équipe de bénévoles de l'association culturelle A.C.A.P créée en 1975, placée pour la durée des fouilles sous la direction d'Eric Buffetaut, paléontologue au CNRS. Cette année encore, bonne pioche. Francis Fages, le garde champêtre du village et président de l'Association, a découvert le 7 juillet dernier un très bel humérus d'oiseau primitif de la fin du Crétacé qui vivait il y a environ 70 millions d'années.

Ce spécimen sera ensuite étudié par Eric Buffetaut et Gareth Dyke, paléontologue à l'Université de Dublin, dans le cadre d'un accord de coopération entre le CNRS et la Royal Irish Academy. L'année dernière, pour la première fois en France, une toute petite mandibule de mammifère a été découverte à Cruzy. Elle est actuellement en cours d'étude à Berlin. Eric Buffetaut précise : On peut trouver des os de dinosaures d'un mètre de long et une mâchoire de mammifère de quelques millimètres. Grâce à l'abondance des éléments de la faune [de cette époque], on pourra évaluer plus précisément la biodiversité au Crétacé supérieur. C'est l'un des rares endroits en Europe occidentale où l'on peut trouver des restes de mammifères de cette époque.

Situé à 1 km de la coopérative viticole, le site est privé mais le bonhomme est heureux qu'on fouille s'exclame Francis Fages. Cette ancienne vigne abandonnée, il l'a repérée en 1996 avec un copain de Bordeaux en faisant de la prospection dans la garrigue. Quelques morceaux d'os émergeaient d'une pente et puis Eric est venu, on a fait un sondage et on a trouvé une magnifique vertèbre d'Ampelosaurus, un herbivore. Dans la région, on l'appelle le lézard des vignes précise Francis Fages.

A partir de lundi, chacun retournera à ses activités principales : E. Buffetaut rejoint un Congrès en Suisse pour la création de l'Association Européenne des Paléontologues de Vertébrés, tandis que les membres de l'Association patienteront jusqu'à Pâques, l'année prochaine. Non sans garder un oeil attentif au site de fouilles surveillé par quelques uns des plus passionnés de l'association comme le souligne, amusé, E. Buffetaut : si quelqu'un était repéré en train de fouiller [en dehors des 2 semaines de fouilles par an] ca se passerait mal.

Au temps des dinosaures

C'est la 4ème fois qu'il participe au chantier de fouilles. Romain Amiot, étudiant à Lyon en 2ème année de thèse sous la co-direction d'Eric Buffetaut et de Christophe Lécuyer, réalise des mesures d'isotopes de l'oxygène sur les restes dentaires et osseux de dinosaures et crocodiles du gisement de Cruzy. Le but : reconstituer les températures du milieu dans lequel vivaient ces faunes.

Une technique d'analyse unique en France et développée au laboratoire du CNRS Paléoenvironnement et paléobiosphère à Lyon, lui permet également d'obtenir des informations sur la température corporelle de ces animaux.

D'après ses résultats, les dinosaures étaient des animaux à sang chaud : une forme d'endothermie. Mais la question reste encore largement débattue chez les paléontologues.

Recherches en partie financées dans le cadre du programme pluridisciplinaire ECLIPSE (Environnement et Climat du Passé : Histoire et Evolution) du CNRS.

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