Méditerranée : le rapport du réseau MedECC tire la sonnette d’alarme !

Explorations

La région méditerranéenne subit aujourd’hui de nombreuses pressions environnementales qui entrent en résonnance et rendent les systèmes naturels, socio-économiques et humains de plus en plus vulnérables. Les politiques de développement durable des pays méditerranéens doivent réduire ces risques, et augmenter la résilience. Afin de faire bénéficier des informations nécessaires aux prises de décision et aux actions à l’ensemble des pays de la région, le réseau d’experts méditerranéens sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC) a entrepris de rassembler les connaissances scientifiques dans un premier rapport qui va sortir fin 2020. Ses conclusions nous interpellent sur l’urgence de réponses fortes à une situation qui se dégrade de manière alarmante.

Déjà supérieures de 1,5°C à celles de l'époque préindustrielle, les températures moyennes annuelles du bassin méditerranéen augmentent plus vite que la température globale. Elles pourraient encore augmenter de 3,8 à 6,5°C d’ici 2100 si on n’infléchit pas les émissions de gaz à effet de serre, avec comme corolaire, des canicules plus fréquentes, plus intenses, impactant tant la santé que l’alimentation. A titre d’exemple, le blé, un des piliers du régime diététique méditerranée risque de voir baisser sa productivité de 7,5 % par degré de réchauffement global !

Alors que la demande en eau pourrait accroître de 22 à 74% d’ici 2100 en raison de l’évolution démographique, de l’augmentation du tourisme de masse et de la demande agricole (jusqu’à 18%), les précipitations estivales pourraient être réduites de 10 à 30% dans certaines régions, accentuant les pénuries d'eau existantes et diminuant la productivité agricole. En parallèle, des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, une salinisation des sols, une dégradation des terres et l’émergence d’agents pathogènes affecteront également la production alimentaire terrestre.

Déjà menacée par la surpêche, la production alimentaire marine sera également impactée : réchauffement de la mer (de 1 à 4°C), acidification, forte pollution de multiples sources, espèces envahissantes …. Une combinaison de facteurs qui peut affecter la répartition des espèces et déclencher l'extinction locale de plus de 20% des poissons et invertébrés marins exploités vers 2050 !  Déjà en chute libre, le poids moyen des prises pourrait continuer à baisser jusqu’à 49 % en 2050 par rapport à 2000. Certaines espèces emblématiques, comme les posidonies et les coralligènes sont très touchées.

Certaines villes sont en danger de submersion à cause de l’augmentation du niveau de la mer (de +6 cm au cours des 20 dernières années à 17 cm sur le dernier siècle). Une tendance qui devrait s'accélérer avec des valeurs globales de 43 à 84 cm d’ici 2100 et des différences régionales parfois importantes … mais surtout avec un risque non négligeable de dépasser le mètre en raison d’une nouvelle déstabilisation de la calotte glaciaire en Antarctique.

L’élaboration de politiques d'adaptation aux changements climatiques et environnementaux en cours et d’atténuation des changements futurs est donc vitale. A ces fins, ce rapport, qui est accompagné d’un résumé pour les décideurs, sera discuté avec les parties prenantes et autorités de la région méditerranéenne. 

Auteures et Auteurs

Katarzyna Marini1, Joël Guiot2, Wolfgang Cramer3

  • 1. MedECC, Secrétariat scientifique, Plan Bleu, Marseille, France
  • 2. CEREGE, CNRS, Aix-Marseille Université, Aix-en-Provence, France
  • 3. IMBE, CNRS, Aix-Marseille Université, Aix-en-Provence, France
changement environnemental © Marie-Aimée Gros-Rosanvallon, Pandaroo