Des flux d’éléments chimiques « cachés » le long du littoral méditerranéen
Un consortium international
Les fleuves et les dépôts atmosphériques constituent à ce jour les deux principaux vecteurs d’éléments chimiques considérés au niveau du golfe du Lion (et plus largement en mer Méditerranée). Il existe peu d’information sur les flux d’éléments chimiques transférés au domaine côtier via les apports souterrains. Ces apports regroupent d’une part les décharges d’eau souterraine en mer et d’autre part la circulation d’eau de mer dans les sédiments perméables. Ces deux processus constituent donc des vecteurs « cachés » d’éléments chimiques.
Un consortium de chercheurs
Un flux d’eau au travers du lido de la lagune vers la mer a ainsi été mis en évidence (via la mesure de la salinité et des isotopes du radium). La vitesse du transport au travers du lido varie en fonction de la saison et est fonction de la différence de niveau d’eau entre la lagune et la mer. L’étude montre que ce vecteur constitue notamment une source de carbone inorganique dissous (CID) au domaine côtier (320-1100 mmol C d−1 m−1 de côte), le CID étant produit lors des réactions chimiques qui ont lieu au sein du lido.
En bas de plage, les chercheurs ont quantifié, au niveau de la zone de déferlement des vagues, les flux d’éléments chimiques associés à la circulation d’eau de mer au travers du sable, conséquence de l’action des vagues. Les flux de DSi associés à ce processus ont été estimés à 3-8 mmol Si d-1 m-1 de côte. Or, une étude précédente menée au large de cette même plage de la Franqui avait quantifié des flux de DSi transférés de la côte vers le large, via des mesures de radium réalisées le long de transects perpendiculaires à la côte, de 3 ordres de grandeur supérieurs. Pour réconcilier ces deux études, les chercheurs proposent l’explication suivante : le processus de circulation d’eau de mer dans le sédiment perméable - qui génère un flux d’éléments chimiques vers la mer - ne se produit pas seulement au niveau de la zone de déferlement des vagues mais plus largement sur toute la bande côtière (~0-300 m, voire davantage) qui est caractérisée par des sédiments peu profonds dans ce secteur (< 5 m).
Cette étude apporte donc des contraintes nouvelles sur les apports « cachés » d’éléments chimiques au domaine côtier via deux processus différents :
- le transfert d’éléments chimiques via les circulations souterraines qui existent entre les lagunes côtières et la mer (au sein des cordons de sable) ;
- la circulation d’eau de mer dans les sédiments perméables sous l’action des vagues.
Source
Tamborski J., van Beek P., Rodellas V., C. Monnin, E. Bergsma, Stieglitz T., Heilbrun C. Cochran J.K., Charbonnier C., Anschutz P., Bejannin S., Beck A., Temporal variability of lagoon–sea water exchange and seawater circulation through a Mediterranean barrier beach, Limnology & Oceanography, Limnology and Oceanography 00, 1–22.