Connaître l'âge de la Terre, de l'homme, des volcans, des montagnes

De Nicolas Arnaud (UMR 5573 CNRS, Laboratoire de Dynamique de la Lithosphère (LDL). Groupe de Géochronologie)

Si nos ancêtres nous ont livré leurs restes, ils nous ont aussi abandonné de bien plus précieuses reliques : leurs œuvres d'art. Qu'il s'agisse d'objets usuels ou rituels ou de peintures murales (l'art pariétal) la tentation est grande d'utiliser ces reliques comme un moyen de datation lorsqu'on ne dispose pas de squelette mais uniquement des productions des premiers hommes. Toutefois cela suppose qu'il y ait un progrès constant dans leur évolution technique et artistique pour pouvoir assigner une production humaine à une époque de façon unique. La découverte de la grotte Chauvet, en Ardèche, a fini de détruire ce mythe. Les peintures que l'on y trouve sont exceptionnelles par leur richesse, la finesse du dessin et la qualité des reproductions : lionnes et rhinocéros y côtoient des ours dans des reproductions de scènes de chasse grandioses. La datation de ces peintures a été possible à travers celle des fines couches de calcaire qui les recouvrent puisque dans ces grottes l'activité de production de concrétions calcaires a été continue avant et après le passage de nos ancêtres. La datation de ces peintures est donc sans appel : 37000 ans... soit plus du double de l'âge de la célèbre grotte de Lascaux (datée de 15000 ans), que l'on prenait pour l'exemple de l'achèvement ultime des progrès picturaux des premiers hommes. Ainsi donc l'art est bien une caractéristique typiquement humaine, et donc éminemment variable d'un groupe à l'autre et d'un individu à l'autre. Si sur de longues périodes de temps les progrès technologiques de l'homme (passage de la pierre à l'outil, outils de plus en plus spécialisés etc...) permettent une chronologie relative, leur utilisation à plus courte échelle de temps est difficile et dangereuse. Heureusement, l'art pariétal peut être daté, directement parfois (par la datation du charbon ayant servi à tracer les formes sur les murs par une datation au carbone-14) et permet donc le calage absolu du passage de nos lointains ancêtres dans ces grottes, lieu de refuge ou de culte.