30 % de la montée du niveau des mers entre 2003 et 2009 est due à la fonte des glaciers

Jeudi, 16 mai 2013

La part des glaciers dans la hausse du niveau marin reste débattue, notamment car elle n’a pu jusqu’alors être estimée qu’à partir d’un nombre limité de glaciers suivis sur le terrain. Une équipe internationale, à laquelle participe un glaciologue du CNRS travaillant au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS/OMP, CNRS / UPS / CNES / IRD), propose une estimation plus fine de leur perte de masse entre 2003 et 2009 grâce aux observations de deux missions satellitaires (GRACE et ICESat). Ces travaux indiquent que les glaciers sont responsables de 30% de la hausse du niveau des mers pour cette période faisant ainsi jeu égal avec les calottes antarctique et groenlandaise réunies. Cette étude est publiée le 17 mai 2013 dans la revue Science.


La contribution des glaciers(1) à la hausse du niveau marin est traditionnellement estimée en extrapolant des mesures de terrain du bilan de masse glaciaire, mesures limitées pour des raisons logistiques à quelques dizaines de glaciers à la surface du globe. Mais il reste à démontrer que cet échantillon réduit de glaciers, suivi depuis 5-6 décennies sur le terrain, est représentatif de l’ensemble des plus de 200 000 glaciers de la planète. Sur une région difficile d’accès comme l’Himalaya, les travaux récents des équipes françaises (15/04/2012 et 25/03/2013) ont ainsi mis en évidence que les trop rares mesures de terrain semblaient surestimer les pertes de masse des glaciers.

Everest. © LEGOS/OMP, Etienne Berthier La période 2003-2009 a vu cohabiter en orbite deux satellites (ICESat et GRACE) qui permettent d’estimer, indépendamment des relevés de terrain, les pertes de glace pour les principales régions englacées du globe. Les mesures de ces deux satellites concordent sur l’ensemble des régions où les surfaces couvertes par les glaciers sont importantes. Les régions qui contribuent le plus fortement à la hausse du niveau marin sont l’Arctique canadien, l’Alaska, les glaciers périphériques à la calotte groenlandaise et la Patagonie. En revanche, les glaciers en périphérie, mais distincts, de la calotte Antarctique, bien qu’ils occupent une vaste superficie (133 000 km2 soit 18 % du total des glaciers) ont connu des pertes plutôt modérées au cours de ces 6 années. Pour les régions où l’englacement est faible (Alpes, Norvège, Ouest canadien), les données de ces deux satellites sont mal résolues et les données de terrain restent les plus fiables. Même s'il existe une forte variabilité géographique, toutes les régions du globe enregistrent des pertes. Au total, les pertes de masse des glaciers s’élèvent à 260 Gigatonnes par an en moyenne entre 2003 et 2009 ce qui équivaut à 0,72 mm par an de hausse du niveau des mers. Pendant cette même période, le niveau marin s’est élevé lui d’environ 2,5 mm par an(2).

Ces nouvelles mesures satellitaires montrent que l’extrapolation à tous les glaciers du globe des mesures de terrain conduit dans la plupart des régions à une surestimation des pertes pour la période 2003-2009. Mais cette période reste courte du point de vue climatique.


Note(s): 
  1. Les glaciers sont définis comme l’ensemble des masses de glaces continentales à l’exception des deux vastes calottes polaires antarctique et groenlandaise. Ils couvrent une surface de plus de 730 000 km² et renferment 1% de la glace continentale alors que les 99% restant sont contenus dans les deux calottes polaires.
  2. Depuis 1992, la hausse du niveau des mers s’est élevée à 3,2 mm par an mais elle a connu une forte variabilité interannuelle en écho à la variabilité climatique. Sur la période 2003-2009, la hausse a été de 2,5 mm par an, donc légèrement inférieure à la hausse moyenne depuis 1992.
Source(s): 

“A Reconciled Estimate of Glacier Contributions to Sea Level Rise: 2003 to 2009”. Gardner, A. S., Moholdt, G., Cogley, J. G., Wouters, B., Arendt, A. A., Wahr, J., Berthier, E., Hock, R., Pfeffer, W. T., Kaser, G., Ligtenberg, S. R. M., Bolch, T., Sharp, M. J., Hagen, J. O., van den Broeke, M. R., and Paul, F. Science, Science, 17 mai 2013, Vol. 340 no. 6134 pp. 852-857. DOI: 10.1126/science.1234532

Contact(s):
  • Etienne Berthier, LEGOS/OMP
    etienne [dot] berthier [at] legos [dot] obs-mip [dot] fr, 07 800 200 73

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