Le panache du volcan islandais Bardarbunga pollue l’air du Nord - Pas de Calais

Mardi, 7 octobre 2014

La région Nord - Pas de Calais a subi, fin septembre 2014, un épisode de forte pollution atmosphérique, dû à l’éruption du volcan islandais Bardarbunga qui dure déjà depuis plus d’un mois. L’analyse des observations du panache volcanique, obtenues depuis le sol et par satellite, par une équipe de chercheurs, ingénieurs et techniciens du Laboratoire d’optique atmosphérique (LOA, CNRS / Université Lille 1) en collaboration avec l’association de surveillance de la qualité de l’air atmo Nord - Pas de Calais, leur a permis de décrire le voyage, depuis l’Islande, du panache volcanique et son arrivée dans les plus basses couches de l’atmosphère française.

En 2010, les cendres de l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull avaient marqué les esprits en raison des perturbations importantes du trafic aérien qu’elles avaient engendrées.
Dans le cas de l’éruption du volcan Bardarbunga, qui a débuté le 29 août 2014 et n’a pas décliné depuis, le scénario est tout à fait différent. Son dynamisme éruptif étant essentiellement effusif, le volcan Bardarbunga n’a de fait émis jusqu’à présent que peu de cendres mais beaucoup de gaz riches en dioxyde de soufre (SO2). Pour autant, l’impact de ce panache volcanique n’en est pas moindre car si ces émissions sont moins dangereuses pour les échanges aériens que celles de 2010, elles engendrent en revanche une pollution massive de l’air à proximité du volcan, le SO2 étant nocif pour la santé à forte concentration. Elles peuvent en outre générer une pollution significative à grande distance, le panache volcanique pouvant être transporté par les vents vers de lointaines contrées. Lors de ce voyage, le panache se charge progressivement en fines particules d’aérosols sulfatés, issues de la conversion du SO2 au cours de son transit dans l’atmosphère et également nocives pour la santé.

Comme en témoignent les observations dans l’ultraviolet issues de l’instrument OMI (Ozone monitoring instrument) embarqué à bord du satellite AURA et rassemblées par une équipe du LOA, il s’avère que les effluves du volcan Bardarbunga ont effectivement beaucoup voyagé, parcourant des milliers de kilomètres jusqu’à atteindre la France le 21 septembre, les conditions météorologiques étant enclines à diriger ce panache vers l’Europe.



Les mesures LiDAR et de photométrie solaire effectuées en continu sur le site du LOA à Lille révèlent quant à elles que, du 21 au 23 septembre, le panache volcanique riche en aérosols sulfatés a été ramené vers les basses couches de l’atmosphère française.
Simultanément, les stations de surveillance de la pollution de fond du réseau de suivi de la qualité de l’air "atmo Nord – Pas de Calais"(1) ont permis de mettre en évidence :

  • une augmentation exceptionnelle à l’échelle régionale de la concentration au sol en SO2 ;
  • une augmentation significative de la concentration au sol en particules, laquelle a dépassé le seuil d’information et de recommandation (50 µg/m3 en moyenne horaire sur 24h glissantes), mais dont a priori l’origine n’est pas uniquement volcanique.


La grande variété des observations collectées depuis le sol et l’espace devrait permettre aux chercheurs de progresser dans la compréhension de la dynamique de descente d’un panache dans les premiers kilomètres de l’atmosphère et de la conversion du dioxyde de soufre en aérosols sulfatés au sein d’un panache volcanique, deux phénomènes encore mal connus.

Cet événement de pollution rappelle combien l’Islande, zone volcanique particulièrement active à l’échelle de notre planète, est proche de l’Europe. En 1783-1784, une éruption d’une durée et d’une intensité exceptionnelles, l’éruption majeure du volcan Laki, avait d’ailleurs provoqué une pollution atmosphérique d’ampleur continentale, avec des impacts sanitaires dramatiques dans toute l’Europe de l’Ouest. Les analyses réalisées pour l’éruption actuelle du Bardarbunga, dont le style éruptif est similaire à celui du Laki mais de plus petite ampleur, montrent combien il est important de disposer de réseaux de surveillance et de suivi de tels événements. Des initiatives sont du reste déjà en cours, en France et en Europe, qui doivent être soutenues et développées.

Note(s): 
  1. La surveillance de la qualité de l’air est assurée en France par 27 associations indépendantes regroupées au sein de la fédération Atmo France et agréées par le Ministère en charge de l’Écologie et du Développement Durable.
Contact(s):
  • Marie Boichu, LOA
    marie [dot] boichu [at] univ-lille1 [dot] fr, 03 20 33 63 60

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