Comment limiter le réchauffement climatique global à 2°C en 2100 ?

Jeudi, 9 octobre 2014

Alors qu’avait lieu, le 23 septembre dernier, le sommet climat de l’ONU à New-York, les laboratoires associés au Global carbon project (GCP) publiaient quatre articles identifiant les défis sociétaux qui permettraient de maintenir le réchauffement moyen global à moins de 2 °C en 2100 par rapport au niveau pré-industriel. En France, le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE/IPSL, CEA / CNRS / UVSQ) est associé à ces résultats, en collaboration avec des chercheurs du GAME-CNRM (CNRS / Météo-France), du Laboratoire d’océanographie et du climat : expérimentations et approches numériques (LOCEAN/IPSL, CNRS / UPMC / MNHN / IRD) et du laboratoire Adaptation et diversité en milieu marin (AD2M, CNRS / UPMC).

Les émissions de CO2 continuent d'augmenter
Les émissions mondiales de dioxyde de carbone provenant des combustibles fossiles et de la production de ciment ont augmenté de 2,3 % entre 2012 et 2013, atteignant un niveau record de 36 milliards de tonnes de CO2. En 2014, les émissions devraient encore augmenter de 2,5 %, ce qui les placerait à 65 % au-dessus du niveau de 1990. Ces données sont publiées en ligne sur le Global carbon atlas(1), une plateforme web développée au LSCE(2), avec le concours d’une trentaine de laboratoires du monde entier.

Les quatre pays les plus grands émetteurs de CO2 sont :

  • La Chine, dont les émissions ont augmenté de 4,2 % en 2013 - cette augmentation est cependant nettement inférieure à la tendance observée au cours de la dernière décennie en raison du ralentissement de la croissance économique chinoise ;
  • Les États-Unis, dont les émissions ont augmenté de 2,9 % en raison d'une progression de la consommation de charbon, et ceci malgré l’utilisation du gaz naturel, moins émetteur de CO2 que le charbon, qui avait permis une légère baisse depuis 2007 ;
  • L’Inde, dont les émissions ont augmenté de 5,1 % en raison d'une forte croissance économique et d’un recours croissant au charbon ;
  • Et les 28 pays de l’Union européenne, dont les émissions ont diminué de 1,8 % dans un contexte économique peu dynamique.

Il y a une augmentation globale importante et continue des émissions au niveau mondial. En Europe, la diminution s’explique par une stagnation économique et ceci malgré une augmentation de l’utilisation du charbon en Pologne, en Allemagne et en Finlande.

La Chine émet désormais plus que les États-Unis et l'Union européenne réunies. Les émissions de CO2 par personne y sont 45 % plus élevées que la moyenne mondiale, dépassant même la moyenne de l'Union européenne. La Chine pesant de plus en plus lourd dans ce bilan, elle devient un acteur incontournable dans les négociations internationales sur le climat et l’énergie.

La maitrise du réchauffement requiert une réduction, chaque année, de 7 % des émissions
Selon les résultats publiés, l’Humanité devrait limiter ses émissions dans le futur à un maximum cumulé de 1200 milliards de tonnes de CO2 (calculé à partir de 2015) pour rester en-dessous d’un réchauffement global de 2 °C en 2100, par rapport au niveau pré-industriel. Avec les taux d'émission actuels, ce 'quota' sera atteint dans 30 ans environ (une génération). Pour rester sous les 2°C, il faudrait réduire nos émissions au niveau mondial de 7 % chaque année. Ce taux global de réduction devra sans doute être négocié et modulé en fonction du niveau de développement économique et technologique des différents pays. Les résultats du Global carbonpProject montrent qu’il faudrait alors renoncer à exploiter les deux tiers des réserves de combustibles fossiles connues actuellement.

Les paris sur les émissions négatives
Selon le Global carbon project, il existe un risque réel que ces objectifs ne puissent pas être atteints, notamment du fait du manque de maturité des technologies de captage et de stockage du carbone. Si ces technologies étaient disponibles trop tardivement, il faudrait alors qu’elles soient utilisées de façon intensive pour extraire du CO2 de l’atmosphère (émissions négatives).

Deux modèles français de simulation du climat
La communauté climatique française est mobilisée pour concevoir des modèles climatiques et réaliser des simulations du climat passé et futur, dans le cadre d’exercices internationaux visant à améliorer les modèles ainsi que des simulations du GIEC. Cet effort de recherche, très exigeant en termes de ressources humaines, de puissance de calcul et de stockage de données, rassemble en France, de nombreux organismes (principalement le CNRS, Météo-France, le CEA, l'UPMC et l'UVSQ), autour de deux modèles : le modèle du CNRM- CERFACS et celui de l'IPSL.

 

Note(s): 
  1. Le Global Carbon Project est un projet du Earth system science partnership, qui a pour objectif d’encourager la coopération internationale dans la recherche sur le cycle du carbone. Il produit notamment un rapport annuel comprenant les chiffres des échanges de carbone qui résultent de l’activité humaine.
  2. Ces données sont publiées dans Le Quéré et al. (2013) pour les émissions de 2013 et accessibles sur le Global Carbon Atlas, un outil créé par les équipes du LSCE (Patrick Brockmann, Vanessa Maigne, Anna Peregon avec la société Wedodata) avec le soutien de la Fondation BNP Paribas.
Source(s): 
  • Persistent growth of CO2 emissions and implications for reaching climate targets, P. Friedlingstein, R.M. Andrew, J. Rogelj, G.P. Peters, et al., Nature Geoscience,     7, 709–715 (2014). doi:10.1038/ngeo2248
  • Sharing a quota on cumulative carbon emissions, M.R. Raupach, S.J. Davis, G.P. Peters, R.M. Andrew, et al., Nature Climate Change, 4, 873–879 (2014). doi:10.1038/nclimate2384
  • Betting on negative emissions, S. Fuss, J.G. Canadell, G.P. Peters, M. Tavoni, R.M. Andrew, et al., Nature Climate Change, 4, 850–853 (2014). doi:10.1038/nclimate2392
  • Global Carbon Budget 2014, C. Le Quéré, R. Moriarty, R.M. Andrew, G.P.Peters, et al., Earth Systems Science Data Discussions, 7, 521-610 (2014.). doi:10.5194/essdd-7-521-2014
Contact(s):
  • Philippe Ciais, LSCE/IPSL
    Philippe [dot] Ciais [at] lsce [dot] ipsl [dot] fr, 01 69 08 95 06

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