DEUX FOSSILES TROUVÉS AU LAOS ATTESTENT D’UNE DIVERSITÉ HUMAINE ANCIENNE

Communiqué MNHN - CNRS

Lundi, 8 juin 2015

Un crâne et une mandibule découverts à quelques mètres de distance dans une grotte au nord-est du Laos, par une équipe de recherche internationale* comprenant notamment des chercheurs du Museum national d’Histoire naturelle, du CNRS, de l’Université Saint-Louis Michigan, suggèrent que les premiers Hommes modernes étaient morphologiquement très diversifiés.

  • Fossiles de Tam Pa Ling, Gauche : TPL1, Droite TPL2 © Fabrice Demeter
  • Grotte de Tam Pa Ling, Gauche © Fabrice Demeter


L’étude de ces fossiles vient d’être publiée dans la revue Plos One. Le crâne (TPL1) mis au jour en 2009 dans la grotte de Tam Pa Ling et décrit dans un article publié en 2012 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences USA, est l’un des plus anciens fossiles d’Hommes modernes du sud-est asiatique. Sa découverte recule de près de 20 000 ans la date de la présence de l’Homme moderne dans la région. En effet, elle révèle que ces premiers humains qui ont migré vers les côtes et les terres du sud-est asia- tique, après être partis d’Afrique, ont parcouru l’Eurasie plus tôt que ce que l’on ne pensait, entre 44 000 à 63 000 ans.
La mandibule (TPL2) découverte en 2010 appartient à un second individu. Elle se situe dans le même intervalle de temps que le crâne. Elle a été étudiée par les anthropologues Fabrice Demeter (MNHN/UPMC, Paris) et Laura Shackelford (Université Saint-Louis, USA). Contraire- ment à la morphologie moderne du crâne, la mandibule, de petite taille, possède à la fois des traits morphologiques archaïques et modernes, comme la présence d’un menton protubérant et un corps alvéolaire d’une très grande robustesse. Cette mosaïque de caractères archaïques et modernes n’est pas rare dans le registre fossile humain, d’autres fossiles africains, euro- péens comme les néandertaliens, et asiatiques présentent également cette combinaison de caractères.

Pour certains chercheurs, cette mosaïque de caractères montre que les Hommes modernes qui ont migré vers de nouvelles régions se sont mélangés aux populations archaïques déjà présentes localement. Cependant, une explication bien plus simple serait de dire que les premiers Homo sapiens modernes présentaient, à cette époque, une très grande diversité morphologique.

Source(s): 

Demeter F, Shackelford L, Westaway K, Duringer P, Bacon A-M, Ponche J-L, et al. (2015)
Early Modern Humans and Morphological Variation in Southeast Asia: Fossil Evidence from Tam Pa Ling, Laos. PLoS ONE 10(4): e0121193. doi:10.1371/ journal.pone.0121193

Ont participé au projet : Anne-Marie Bacon (CNRS, Directrice du projet MAE), Lani Barnes (Macqua- rie University, Australie), Marc Boyon (Université de Strasbourg), José Braga (Université de Toulouse), Yves Coppens (Collège de France), Philippe Duringer (Université de Strasbourg/CNRS), Anne-Marie Karpoff (CNRS), Elise Patole-Edoumba (MNHN, La Rochelle), Jean-Luc Ponche (Université de Strasbourg/CNRS), Thongsa Sayavongkhamdy (Ministère de la Culture, Laos), Frank Sénégas (CNRS), Phonephanh Sichan- thongtip (Ministère de la Culture, Laos), Kira Westaway (Macquarie University, Australie), Xiujie Wu (IVPP, Chine), Jian-Xin Zhao (University of Queensland, Brisbane).

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