Un prédateur du Jurassique aux yeux plus gros que le ventre

Mardi, 19 janvier 2016

  • Dollocaris : vue générale, surface des yeux, intérieur des yeux et dessin montrant la structure des ommatidies. © Nature communication J. Vannier et al. 2016
  • Grâce à ses performances visuelles, Dollocaris pouvait détecter visuellement ses proies, suivre leur mouvement, avant de les capturer avec ses trois puissantes paires d'appendices préhensiles. Il devait vivre à proximité du fond et chassait probablement à l'affut comme certains crustacés actuels. © Nature communication J. Vannier et al. 2016

Difficile de savoir comment voyaient les animaux du passé. Des fossiles d’arthropodes vieux de plus de 500 millions d’années présentent des yeux à facettes, mais leur structure interne n’est jamais conservée. Or elle seule permettrait de déterminer les capacités visuelles de ces animaux disparus. Une équipe internationale1 dirigée par Jean Vannier, directeur de recherche CNRS, vient de reconstituer la structure tridimensionnelle des yeux d’un crustacé fossile âgé de 160 millions d’années, issu du gisement de La Voulte-sur-Rhône2, en Ardèche. C’ est une première chez un animal aussi vieux. Dollocaris était doté de deux énormes yeux globuleux, occupant près du quart de son corps, et comprenant chacun 18 000 facettes – un record si l’on excepte les libellules actuelles. Des observations en microscopie électronique ont montré que chaque facette est prolongée en profondeur par des cellules photoréceptrices disposées en rosette – une structure appelée ommatidie – comme chez les crustacés et insectes actuels. Cet œil devait conférer à Dollocaris une très bonne acuité visuelle et une vision panoramique, utiles à ce prédateur pour détecter et suivre ses proies. Une technique d’imagerie aux rayons X3 a d’ailleurs permis de découvrir dans son système digestif les restes non‐digérés de petites crevettes.

Note(s): 

1- Rassemblant des chercheurs du Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (CNRS/ENS de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1), du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (CNRS/MNHN/UPMC), du Centre de géosciences de Mines ParisTech, de l’Université de Cologne (Allemagne) et de l’Université d’Edimbourg (Royaume-Uni).
2- Le gisement de La Voulte‐sur‐Rhône est connu mondialement pour ses fossiles d’organismes marins dont la conservation des détails anatomiques est exceptionnelle.
3- La microtomographie aux rayons X, une technique d’imagerie non destructive qui permet de reconstituer la forme d'un objet en 3D grâce à l'assemblage de coupes virtuelles.

Source(s): 

Exceptional preservation of eye structure in arthropod visual predators from the Middle Jurassic, Jean Vannier, Brigitte Schoenemann, Thomas Gillot, Sylvain Charbonnier & Euan Clarkson. Nature Communications, 19 janvier 2016. DOI: 10.1038/ncomms10320

Contact(s):
  • Jean VANNIER, Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (CNRS, ENS, Lyon 1)
    jean [dot] vannier [at] univ-lyon1 [dot] fr, 04 72 44 81 44

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