L’Académie des sciences rend hommage à Jean-François Stéphan, tectonicien, ancien directeur du CNRS-INSU

Vendredi, 4 mars 2016

Un numéro spécial des Comptes Rendus Géosciences de l’Académie des sciences rend hommage à Jean-François Stéphan, tectonicien émérite, qui fut directeur de l’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS de juin 2010 à décembre 2013. Ce numéro regroupe les contributions de collègues et amis autour de thèmes de recherche sur lesquels Jean-François Stéphan a travaillé, qu’il a soutenus et encouragés.

Ce sont les cours de Jean Aubouin qui révèlent à Jean-François Stéphan sa passion pour la démarche scientifique et pour les chaînes de montagnes dont il sait raconter l’histoire avec ardeur et dessiner avec talent les structures dans ses carnets de terrain.

Après son apprentissage de géologue tectonicien dans les Alpes vénitiennes, il est séduit par les premières images spatiales de la Terre (satellite ERTS) et de Mars (Mariner 9), qui ouvrent un champ vierge en tectonique de la Terre et en tectonique comparée des planètes. Il travaillera ainsi pour son post-doc dans l’équipe des missions spatiales Viking et Mariner 10.

Mais c‘est en 1975 que commence sa grande aventure géologique sur le domaine Caraïbe et les régions voisines, et surtout au Venezuela où il crée le premier programme de coopération géologique avec le ministère de l’énergie et des mines, les compagnies pétrolières et les universités. Un travail de bénédictin lui permet d’élucider les fondements de la Chaîne Caraïbe. Il montre ainsi que le contact Chaîne Caraïbe – Chaîne andine est un immense charriage. Il propose une évolution structurale, dans l’espace et dans le temps, de ce vaste secteur : le nord de la Chaîne Andine N-S, socle continental sud américain, s’infléchit vers le nord, pour être enveloppé et débordé par la Chaîne Caraïbe, édifice E-W, à ophiolites, long de 1400 km, charrié sur plus de 400 km vers le sud sur la plateforme guyanaise.

Jean-François Stéphan étend ensuite son travail aux extrémités orientale et occidentale de la Caraïbe, puis  au domaine marin. Il participe au Leg 66 du Glomar Challenger sur la Fosse d’Amérique centrale. Son approche terre-mer, alors totalement originale, lui permet de comprendre l’articulation entre Grandes et Petites Antilles, l’évolution du prisme d’accrétion de Muertos et de la Ride de Beata, les mécanismes de formation des festons arqués Nord et Sud Caraïbes qui, sur les frontières décrochantes actives de la Plaque, combinent raccourcissement, transpression et transtension.

Cette expérience innovante, de travaux conjoints à terre et en mer, le conduit au GIS Océanologie et Géodynamique de Brest, qui associe à l’époque Université, CNRS, CNEXO, ORSTOM, et BRGM. Jean-François Stéphan devient l’une des chevilles ouvrières essentielles d’un programme international de grande ampleur qui s’ouvre à l’Ouest Pacifique, dans un secteur du Globe où déchirures continentales, subductions, collisions, décrochements, sont jeunes et actifs sismiquement. A terre, il réexamine la géologie de l’ile de Taiwan, résultat de la collision oblique entre l’Arc de Luzon et la marge chinoise, pour définir avec ses collègues une chronologie précise des déformations. Au cours de deux campagnes à la mer, il explore le domaine marin entre les fosses de Manille et des Ryu-Kyu, à la frontière entre les plaques Philippine et Eurasie. Il obtient alors de nombreux  résultats fondateurs.

Plus tard, il est nommé professeur à l’université Nice Sophia Antipolis où il poursuit des recherches actives sur les Alpes du sud, le Caucase, la Sibérie, les zones de collision. Il contribue de façon déterminante à la création du laboratoire Géoazur en 1996.

Son dévouement s’est manifesté dans des fonctions d’intérêt collectif avec la présidence de sections et de groupes du CNU, ainsi qu’à l’université Nice Sophia Antipolis ; à la direction scientifique, en 2006, du département Environnement, Planète-Univers, Espace au sein de la Direction générale de la recherche et de l'innovation du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ; puis en juin 2010, comme directeur de l'Institut national des sciences de l'Univers (INSU) du CNRS.

Source(s): 

From past to current tectonics. Comptes Rendus Geoscience - Volume 348, Issue 1, Pages 1-88 (January 2016) : http://www.sciencedirect.com/science/journal/16310713/348/1

Fichier attachéTaille
sommaire_stephan.pdf1.76 Mo