Séisme dans la région de La Rochelle

Jeudi, 28 avril 2016

Un séisme de magnitude entre 4 et 5 (Ml5.2 LDG ; M4.9 RéNaSS ; Mb4.6 GFZ) a eu lieu ce matin à 8h46 (heure locale) à 10-15 km au Sud de la Rochelle. L’intensité maximale préliminaire (EMS-98) est de V  ce qui correspond à une forte secousse sur quelques communes autour de l’épicentre. Selon les premiers éléments, de rares dégâts mineurs (degré 1/5) ont été constatés par le CODIS (centre opérationnel départemental d'incendie et de secours) du département de Charente-Maritime : à La Rochelle (dommage sur une partie de cheminée, déplacement d’une poutre dans un bâtiment ancien), à Thairès d’Aunis (mouvement d’une huisserie ayant condamné une porte) et à Chatellaillon où une cheminée a été fissurée. Il a été très largement ressenti de la Rochelle à Rochefort, et aussi jusqu’à Nantes, Poitiers et Limoges. 1498 témoignages ont été collectés sur le site www.franceseisme.fr. La secousse a été ressentie sur environ 100000 km2 soit une douzaine de départements français selon nos témoignages et jusqu’à une distance maximale d’environ 350 km de l’épicentre (fig.1).

  • Franceséisme
  • Franceséisme

  • Sismicité historique (en bleu) et instrumentale (en jaune) dans l’ouest de la France. L’événement du 28/04/2016 à 06h46 TU est représenté par l’étoile rouge. © CEA
  • Epicentres des séismes instrumentaux localisés par le LDG depuis 1964 (cercles jaune), épicentres macrosismiques des séismes historiques (SISFRANCE http://www.sisfrance.net/) (cercles bleu) et mécanisme au foyer du séisme en noir et blanc. Les mécanismes au foyer des séismes instrumentaux précédemment déterminés dans la région sont en grisé. (Nicolas et al., 1990).

  • Capture d'écran des signaux enregistrées par les stations du RLBP et montrant le pointé des phases réalisé par le BCSF-RéNaSS.
  • Signaux sismiques du séisme du 28/04/2016 enregistrés sur le réseau du LDG -CEA

2. Le cercle orange indique la zone épicentrale du séisme du 28 avril 2016 (06h46 UTC) prenant en compte l’incertitude liée aux différentes localisations par le LDG, le RENASS, et le CSEM. Son mécanisme au foyer est représenté en rouge (méthode FMNEAR, B. Delouis). Autres événements d’après Mazabraud et al. (2013). Le mécanisme au foyer préliminaire indique un mécanisme essentiellement décrochant dans les directions NS et EW (B. Delouis, comm. pers. ; fig.2). La magnitude de moment associée est Mw 3.8 et la profondeur déterminée entre 4 et 18km, avec une meilleure solution à 8 km par inversion des formes d’ondes (méthode FMNEAR, B. Delouis, 2014). L’INGV trouve un mécanisme similaire pour une profondeur de 16 km et une magnitude Mw 4.2.


Les précédents séismes comparables dans la région sont ceux d’Oléron du 18 avril 2005 (Ml4.7-Mw3.4) et du 28 septembre 2010 (Ml4.5), du 8 juin 2001 à Chantonnay (Ml5.1-Mw3.7), et plus anciennement ceux d’Oléron du 10 octobre 1977 (Ml4.7-Mw3.5) et du 7 septembre 1972 (Ml5.7-Mw5.0). Plus au Nord dans le cisaillement Sud-Armoricain , il y a eu celui de 2002 à Hennebont (Ml5.7-Mw4.3) (Perrot et al., 2005, Mazabraud et al., 2013 ; Cara et al., 2015 ; Denieul et al. 2015).


La différence importante entre la magnitude locale (Ml), calculée à relativement haute fréquence, et la magnitude de moment (Mw), calculée à basse fréquence, pour le séisme du 28 avril (Ml5.2, Mw 3.8 à 4.2), est frappante, mais conforme à ce qui a déjà été observé pour des séismes antérieurs dans la même région. Cela peut traduire le fait que les ondes sont moins atténuées à haute fréquence dans cette région, en tout cas moins que ce qui est considéré pour le calcul de la magnitude Ml.

 

3. L’Ouest de la France est dominé par une compression horizontale NW-SE et une extension horizontale NE-SW. Le mécanisme au foyer du séisme du 28 avril 2016 (étoile orange) est compatible avec ce système de contraintes. Modifié d’après Mazabraud et al. (2013). A plus grande échelle, le séisme du 28 avril 2016 s’intègre dans un ensemble cohérent en termes de contraintes tectoniques actives sur un domaine allant du Sud du Massif Armoricain au Nord de l’Aquitaine et l’Ile d’Oléron (fig. 3). Bien qu’il soit trop tôt pour attribuer ce séisme à une faille en particulier le mécanisme est cohérent avec une prolongation vers le sud du cisaillement sud-armoricain. Le séisme de ce matin, comme les séismes précédents, ont lieu dans le socle faillé et fracturé de la bordure sud-ouest du Massif Armoricain structurée à l’Hercynien (env. 300 Ma). Si le rejeu de grandes failles peut être invoqué, notamment la faille de cisaillement sud armoricaine et ses diverses branches, les causes de ces mouvements sont discutées (e.g., Mazabraud et al., 2013 ; Nocquet, 2012) car les déplacements mesurés en surface, entre autre par les stations GPS, sont très faibles.

Pour en savoir plus: 

Les informations sont à consulter sur :  www.franceseisme.fr
Les témoignages peuvent être donnés sur : http://www.franceseisme.fr/nseisme.php?IdSei=599

Le site du RéNaSS : http://renass.unistra.fr/evenements/5721b67ed384a97a5b647767

Références
Cara et al., 2015, BSGF, 186, 1, 3-19. Denieul et al., 2015, BSSA, 105, 2A. Mazabraud et al., 2013, Comptes Rendus Géoscience, 345 (9-10), 373-382. Nocquet, 2012. Tectonophysics, 579, 220-242. Perrot et al., 2005. Geophys. J. Int., 162, 935-950

Cara, M., Cansi, Y., Schlupp, A. et al., 2015. SI-Hex: a new catalogue of instrumental seismicity for metropolitan France, Bull. Soc. géol. France, 186, 1, 3-19, doi:10.2113/gssgfbull.186.1.3.
Denieul M., Sèbe O., Cara M. et Cansi Y., 2015. Mw Estimation from crustal Coda Waves recorded on analog seismograms, BSSA,. 105, No 2A, doi:10.1785/0120140226.
Mazabraud, Y., N. Bethoux, B. Delouis, 2013. Is earthquake activity along the French Atlantic margin favoured by local rheological contrasts ?,. Comptes Rendus Géoscience, 345 (9-10), 373-382, doi :10.1016/j.crte.2013.07.004
Nocquet, J.M., 2012. Present-day kinematics of the Mediterranean : a comprehensive overview of GPS results. Tectonophysics, 579, 220-242.
Perrot J., P. Arroucau, J. Guilbert, J. Déverchère, et al., 2005. Analysis of the Mw 4.3 Lorient earthquake sequence: a multidisciplinary approach to the geodynamics of the Armorican Massif, westernmost France, Geophys. J. Int., 162, 935-950.

 

Contacts

Ecole et Observatoire des sciences de la Terre, Institut de Physique du Globe de Strasbourg
Jérôme van der Woerd (jeromev [at] unistra [dot] fr)

Laboratoire Géoazur
Bertrand Delouis (delouis [at] geoazur [dot] unice [dot] fr)

Département des Sciences de la Terre, Université de Nantes
Eric Beucler (Eric [dot] Beucler [at] univ-nantes [dot] fr)

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