L’effondrement d’un glacier du Tibet anticipé grâce aux observations satellitaires

Dimanche, 2 octobre 2016

Grâce aux données satellitaires, une équipe internationale de chercheurs, dont deux chercheurs français du Centre d’études spatiales de la biosphère (CESBIO/OMP, CNRS / IPS / IRD / CNES) et du Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS/OMP, UPS / CNRS / CNES / IRD), ont pu anticiper l’effondrement d’un glacier du Tibet.

Image Sentinel-2A de la première avalanche de glace acquise le 21 juillet 2016 (4 jours après la catastrophe). © CESBIO/OMP, Simon Gascoin Le 17 juillet 2016, un glacier situé près du lac Aru Co sur le plateau tibétain s’est brutalement effondré, entraînant une avalanche de plusieurs dizaines de millions de mètres cubes de glace qui tua 9 personnes et des centaines de têtes de bétail. Le seul événement comparable connu était alors l’effondrement en septembre 2002 du glacier Kolka-Karmadon dans le Caucase russe (120 millions de mètres cubes de glace et de roches) qui tua plus d’une centaine de personnes.
Grâce aux nombreuses données satellitaires disponibles, un groupe international de scientifiques a pu rapidement commencer à analyser l’évolution de ce glacier tibétain au cours des années ayant précédé son effondrement ainsi que les caractéristiques du dépôt formé par l’avalanche.
Ces observations ont montré que ce glacier avait connu, à partir de 2013 au moins, plusieurs mouvements précurseurs appelés "surges glaciaires". Les surges sont des avancées glaciaires rapides, se produisant sur quelques mois à quelques années. Si ces surges sont courantes en Alaska ou dans le Karakorum, cela n’est pas le cas au Tibet.

Au cours de leur enquête, les scientifiques ont constaté qu’à partir de 2013, un second glacier, situé à 3 km au sud, avait lui aussi connu des "surges", lesquelles s’étaient produites de manière quasi simultanée à celles du premier glacier, et qu’il avait montré des signes similaires de déstabilisation au cours de l’été 2016. De larges crevasses étaient notamment clairement visibles sur une image du satellite Sentinel-2A acquise le 19 septembre (et disponible dès le 21 septembre).

Série d'images Sentinel-2A réalisée le 21 septembre 2016, quelques heures après la mise à disposition de l'image du 19 septembre. © CESBIO/OMP, Simon Gascoin

Les scientifiques ont alors immédiatement alerté leurs collègues chinois qui ont à leur tour transmis l’information aux autorités locales. Le temps que cette alerte arrive localement, le deuxième glacier s’était effondré à son tour (le 21 septembre), provoquant une avalanche de glace très similaire au premier glacier sur une distance d’environ 5 kilomètres. Cette fois, personne ne fut tué ni blessé. L’équipe chinoise présente sur place aurait également détecté le comportement anormal du deuxième glacier à l’aide d’un drone.

Image Sentinel-1 (radar) acquise le 24 septembre 2016 après la seconde avalanche. © Université d'Oslo, Andreas Kääb Les scientifiques impliqués poursuivent leurs investigations sur ce double événement extraordinaire. Le fait que deux glaciers voisins se soient décrochés à seulement neuf semaines d’intervalle devrait permettre de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents, qu’ils soient d’origine topographique, géologique ou climatique.
Ces événements sont avant tout des catastrophes pour les populations locales. Cependant, ils marqueront sans doute aussi une étape importante dans notre capacité à anticiper ce type d’aléas grâce aux progrès fulgurants réalisés ces dernières années dans le domaine de l’observation de la Terre et de la mise à disposition rapide de ces données pour tous.

Pour en savoir plus: 

Sur le site de GAPHAZ (Glacier and permafrost hazards in mountains)

Contact(s):
  • Simon Gascoin, CESBIO/OMP
    simon [dot] gascoin [at] cesbio [dot] cnes [dot] fr, 05 61 55 86 68
  • Etienne Berthier, LEGOS/OMP
    etienne [dot] berthier [at] legos [dot] obs-mip [dot] fr, 07 800 200 73

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