Impact d’une fonte accélérée de la calotte groenlandaise sur les mouvements migratoires au Sahel

Vendredi, 9 juin 2017

Une équipe pluridisciplinaire(1) vient de montrer que la fonte accélérée de la calotte de glace groenlandaise, telle qu’elle pourrait se produire si les émissions de gaz à effet de serre devaient continuer à croître, devrait conduire à une baisse de la mousson au Sahel. Cette aridification pourrait alors avoir un impact négatif durable sur la production vivrière dans cette région, avec pour conséquence un possible exode massif des populations.

Dans le cadre de l’étude pluridisciplinaire VACCIN (Variations abruptes du climat: conséquences et impacts énergétiques) financée par le CEA/DSM-Energie en 2014, une équipe constituée de climatologues (LSCE, EPOC, Université de Madrid), de statisticiens (LSCE, LOCEAN) et de spécialistes des impacts agricoles et des migrations humaines (CEARC) s’est intéressée aux conséquences de la fonte des calottes de glaces les plus vulnérables (Groenland et Antarctique de l’Ouest) sur le climat global.

Le Groenland en train de perdre sa glace. © LSCE, Alain Mazaud À partir de leur connaissance des climats du passé et des observations récentes des calottes actuelles, les chercheurs ont élaboré des scénarios de fonte se superposant au scénario le plus pessimiste du GIEC, mais malheureusement le plus réaliste aujourd’hui : le RCP 8.5. Sur la base de ce protocole expérimental, ils ont simulé les effets climatiques d’une fonte accélérée d’une partie du Groenland au cours du XXIe siècle. Ils ont ainsi pu quantifier l’impact de cet apport d'eau douce dans l'océan sur la mousson ouest africaine, en particulier sur la zone éminemment vulnérable du Sahel. Enfin, ils ont fait appel à une approche alliant la physique du climat et de la cryosphère aux conséquences sur les agrosystèmes et les migrations humaines potentielles.

Il s’avère que la fonte rapide de la calotte de glace groenlandaise devrait se traduire par une baisse de la mousson africaine en zone sahélienne, laquelle devrait impacter lourdement les agrosystèmes sahéliens en faisant disparaître la culture vivrière de sorgho et de millet. En tenant compte des projections démographiques au Sahel sur l'ensemble du XXIe siècle et en l'absence de mesures adéquates d'adaptation, ces conditions pourraient alors provoquer le déplacement de dizaines de millions de personnes.

L’originalité de cette approche réside dans son caractère transdisciplinaire, les différents spécialistes ayant permis in fine de relier des phénomènes climatiques globaux à des impacts régionaux et à leurs conséquences sur les aspects agricoles et migratoires.

Note(s): 
  1. Les laboratoires et instituts participant à cette collaboration sont les suivants : le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE/IPSL, CNRS / CEA / UVSQ), le Laboratoire d’océanographie et du climat : expérimentations et approches numériques (LOCEAN/IPSL, UPMC / CNRS / MNHN / IRD), l’Université Félix Houphouet Boigny, (Côte-d’Ivoire), le laboratoire Environnements et paléonvir/nngments océaniques et continentaux (EPOC/OASU, Université de Bordeaux / CNRS), le Centre européen pour l'Arctique (CEARC/OVSQ, UVSQ), l’Université de Liège (Belgique) et l’Universidad Complutense de Madrid (Espagne).
Source(s): 

Dimitri Defrance, Gilles Ramstein, Sylvie Charbit, Mathieu Vrac, Adjoua Famien, Benjamin Sultan, Didier Swingedouw, Christophe Dumas, François Gemmene, Jorge Alvarez-Solas, Jean-Paul Vanderlinden., Consequences of rapid ice-sheet melting on the Sahelian population vulnerability, PNAS, 06 juin 2017, DOI 10.1073/1619358114

Contact(s):
  • Gilles Ramstein, LSCE/IPSL
    gilles [dot] ramstein [at] lsce [dot] ipsl [dot] fr, 01 69 08 64 95
  • Dimitri Defrance, LOCEAN/IPSL
    dimitri [dot] defrance [at] locean-ipsl [dot] upmc [dot] fr, 06 49 49 89 48

La reprise des actualités du site est autorisée avec la mention "Source : Actualités du CNRS-INSU" et un lien pointant sur la page correspondante.