La pollution atmosphérique mesurée dans une école en Chine

Mardi, 27 juin 2017

Chaque jour, des centaines de millions de Chinois respirent un air 5 à 10 fois plus pollué que le nôtre. Impressionnant, mais tous les effets sanitaires ne se résument pas à la seule concentration élevée de particules fines dans l’air. Certaines composantes chimiques du mélange de polluants sont plus déterminantes que d’autres sur la santé. C’est leur détection et leur caractérisation qu’une équipe de recherche franco-chinoise(1) s’est attachée à étudier dans plusieurs écoles de la mégapole de Xi’an, au centre de la Chine, ancienne capitale impériale située à l’extrémité est de la Route de la soie.

Plusieurs articles rendant compte de leurs travaux ont paru depuis 2014. Leurs derniers travaux concernent les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), et plus particulièrement leurs proches cousins les esters phtaliques (PAE) que ces chercheurs sont parvenus à isoler d’une série d’échantillons de particules fines collectés à l’extérieur et à l’intérieur d’une salle de classe pendant deux semaines. Leur analyse chimique a été réalisée par désorption thermique (TD)-GC/MS, une méthode qui ne nécessite qu’un court temps de préparation de l’échantillon (< 1 minute), évite la contamination due aux impuretés du solvant et procure une grande précision de mesure.

Élèves dans la province du Shaanxi. Mesure du monoxyde d’azote dans l’air exhalé, un indicateur de l’inflammation des voies respiratoires. © Benjamin Guinot, LA Parmi les esters phtaliques, ce sont le bis(2-ethylhexyl)phtalate (DEHP) et le di-n-butylphtalate (DBP) qui ont été retrouvés en très grandes quantités. Leur origine est associée à la production de plastiques, et en particulier de PVC. On en retrouve par conséquent dans les matériaux de construction, mais aussi dans les appareils médicaux, les produits de beauté, les habits, l’emballage alimentaire, les jeux pour enfants, etc. Non liés de manière covalente aux produits, ils se dégagent facilement dans l’environnement durant leur fabrication, mais aussi durant le temps de vie du produit et son rebut. Leur faible pression de vapeur leur permet de se lier aisément aux particules fines en suspension dans l’air. Les niveaux de DEHP et DBP observés dans la classe étaient 25 % supérieurs à ceux de l’air extérieur, compte tenu des nombreuses émissions intérieures par les peintures et encres et de l’ameublement. L’évaluation sanitaire suivant la méthode ILCR (incremental lifetime cancer risk) pointe pour les élèves un risque significatif de déclarer au cours de leur vie un cancer par inhalation pendant leur scolarité des HAP et des esters phtaliques.

Note(s): 
  1. Les laboratoires et instituts participant à cette collaboration sont les suivants : la Shaanxi Normal University (China), l’Institute of Earth Environment (Chinese Academy of Sciences, China), le Laboratoire d’aérologie (LA/OMP, UPS / CNRS), la Xi’an Jiaotong University (China) et le Desert Research Institute (USA).
Source(s): 

Jingzhi Wang, Benjamin Guinot, Zhibao Dong, Xiaoping Li, Hongmei Xu, Shun Xiao, Steven Sai Hang Ho, Suixin Liu, Junji Cao, 2017 : PM2.5-bound polycyclic aromatic hydrocarbons (PAHs), oxygenated-PAHs and phthalate esters (PAEs) inside and outside Middle School Classrooms in Xi’an, China: Concentration, characteristics and health risk assessment. Aerosol and Air Quality Research, DOI: 10.4209/aaqr.2017.03.0109

Contact(s):
  • Benjamin Guinot, LA/OMP
    Benjamin [dot] guinot [at] aero [dot] obs-mip [dot] fr, 05 61 33 27 35

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