Des matériaux organiques dans la météorite « Paris » similaires à ceux observés dans le milieu interstellaire

Vendredi, 14 septembre 2012

Une équipe de chercheurs de l'Institut d'Astrophysique Spatiale (IAS/CNRS-Université Paris Sud) a pu mettre en évidence, en scrutant la météorite "Paris", la présence d'éléments organique similaires à ceux du milieu interstellaire.

La météorite "Paris" est une chondrite carbonée1 de type CM2 présentant deux lithologies dont l’une plus altérée que l’autre. Cette météorite de 1.2 kg a été acquise récemment par le Laboratoire de Minéralogie et Cosmochimie (LMCM/MNHN-CNRS).


Bien que les circonstances de la chute de "Paris" soient inconnues, elle semble avoir été préservée de façon remarquable de l’environnement terrestre et en particulier pour ce qui concerne sa matière organique originelle. En effet,  des matériaux organiques similaires à ceux observés dans le milieu interstellaire ont été mis en évidence.
Une dizaine de mg nous ont été fournis par B. Zanda du MNHN. Quelques échantillons d’une cinquantaine de microns ont été prélevés et analysés sur la ligne SMIS (Spectroscopy and Microscopy in the Infrared using Synchrotron) du synchrotron SOLEIL3 (CNRS-CEA) qui, grâce à sa forte brillance couplée à une résolution spatiale qui peut atteindre 6 µm, nous a permis de détecter des petites inclusions très riches en matière organique possédant des signatures spectroscopiques dans l’infrarouge absolument similaires à celles observées dans certains nuages moléculaires du milieu interstellaire.


La figure ci-contre (Fig.2) compare les signatures infrarouges d’un fragment de "Paris" (nommé frag2) à celles de deux sources infrarouges, objets protostellaires où se forment les étoiles et les systèmes planétaires, en direction du centre galactique, GCS3 et SgrA*, obtenus par l’instrument SWS (Short Wavelength Spectrometer) du satellite ISO (Infrared Space Observatory) dans la région 3.4 µm (figure du haut) et dans la région autour de 6 µm (figure du bas).


Cette découverte permet à nouveau de relancer le débat sur la primitivité chimique de certaines météorites et le rôle des processus chimiques à l’œuvre dans les nuages moléculaires qui ont pu ensuite entraîner la production d’importantes quantités de matériaux organiques d’origine abiotique, nécessaires ensuite au passage à la chimie prébiotique dans les objets du Système Solaire telle que la Terre.

Note(s): 
  1. Les chondrites carbonées constituent une classe de météorites primitives provenant d’un corps parent non différencié. Elles contiennent des chondres qui sont des particules submillimétriques, généralement sphériques, formées en microgravité par la cristallisation de liquides silicatés lors de leur condensation.
  2. Les chondrites carbonées sont classées selon leur teneur en carbone et en eau.
  3. Le Synchotron SOLEIL
Source(s): 

S. Merouane, Z. Djouadi, L. Le Sergeant d’Hendecourt, B. Zanda and J. Borg, “Hydrocarbon materials of likely interstellar origin from the Paris meteorite”, Astrophysical Journal, 756, 154 (2012).

Contact(s):
  • Sihane Merouane, IAS : Institut d'astrophysique spatiale (Université Paris-Sud/CNRS), Orsay
    sihane [dot] merouane [at] ias [dot] u-psud [dot] fr, 01 69 85 85 52
  • Zahia Djouadi, IAS : Institut d'astrophysique spatiale (Université Paris-Sud/CNRS), Orsay
    zahia [dot] djouadi [at] ias [dot] u-psud [dot] fr, 01 69 85 85 81

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