Une carotte de glace du Groenland révèle l'histoire climatique détaillée du Grand Nord depuis le dernier interglaciaire, il y a 123 000 ans (forage NGRIP)

- communiqué de presse

Jeudi, 9 septembre 2004

Pas à pas l'histoire climatique récente de notre planète est décryptée grâce aux forages des calottes polaires. Après la récente publication en juin dernier dans la revue Nature de l'enregistrement de la carotte EPICA (European Project on Ice Coring in Antarctica) prélevée au site du Dome C (Antarctique) qui a révélé le comportement et les rythmes du climat ayant régné aux hautes latitudes sud au cours des derniers 740 000 ans, une grande première, c'est au tour de la calotte polaire du Groenland de livrer ses secrets. Les chercheurs de huit nations, parmi lesquels ceux du LGGE (CNRS -UJF) de Grenoble, du LSCE (CNRS-CEA-IPSL) de Gif-Yvette/Saclay révèlent cette semaine dans le revue Nature (numéro du 9 septembre 2004) les archives climatiques du forage NGRIP qui retracent 123 000 ans du climat de l'hémisphère nord.

Les carottes de glace, à l'exemple de la désormais fameuse carotte de VOSTOK, sont devenues pour les climatologues des cibles incontournables au regard desquelles les autres enregistrements paléoclimatiques (sédiments marins, pollens continentaux) et les différents efforts de modélisation de l'évolution du climat peuvent être testés. Les prouesses des foreurs de glace permettent aujourd'hui de nouvelles premières dans le domaine, allant chercher toujours plus profondément des glaces toujours plus anciennes.

Aujourd'hui, c'est une nouvelle carotte de glace prélevée au Groenland qui fait l'actualité dans la revue Nature. Le climat n'évolue pas de façon homogène à toutes les latitudes et bien que les glaces les plus anciennes que l'on espère obtenir au Groenland soient approximativement 10 fois plus jeunes que le million d'année estimé pour l'Antarctique, les enregistrements obtenus au Groenland ont une valeur inestimable pour comprendre la variabilité du climat aux hautes latitudes nord et les interactions climatiques (on parle de télé-connexions) entre nord et sud. Deux carottes profondes - GRIP et GISP2 - prélevées au Groenland dans les années 90 ont joué un rôle clé pour reconstruire le climat de l'Hémisphère Nord, mais les séquences les plus vieilles de ces carottes ont été perturbées dans leur chronologie en raison des caractéristiques de l'écoulement de la glace en ces sites. C'est pourquoi un nouveau carottage international coordonné par le Danemark a été réalisé au site de North GRIP, entre 1996 et juillet 2003, lui aussi situé sur le plateau central du Groenland. Première performance : il s'agit du forage groenlandais le plus profond (3085m) et le plus « âgé » : l'enregistrement couvre approximativement les derniers 125 000 ans. Il révèle qu'avant le dernier âge glaciaire, qui a commencé il y a 115 000 ans, le climat groenlandais était chaud (période interglaciaire) et stable, sans variations abruptes, confirmant ainsi que les variations rapides observées dans la carotte de GRIP n'étaient pas de nature climatique mais bien dues à un artefact provenant de l'écoulement de la glace. La carotte de NGRIP fournit un enregistrement climatique très détaillé. Ainsi chaque centimètre de carotte représente une année pour la glace profonde qui a enregistré l'entrée en glaciation. Important, car on apprend que le passage aux conditions glaciaires s'est d'abord fait progressivement durant 7 000 ans. Et puis un premier évènement climatique abrupte s'est produit il y a environ 115 000 ans, marquant le début de la période glaciaire. A la différence des autres évènements rapides du glaciaire identifiés aussi dans l'enregistrement antarctique, ce premier évènement ne se retrouve qu'au Groenland.

L'analyse de NGRIP fournit aussi des données inédites sur la variabilité régionale du climat au Groenland. Elle va se poursuivre fournissant, à n'en pas douter de nouvelles informations sur la dynamique du climat et aussi sur l'histoire de la calotte du Groenland. De plus l'accès à l'eau existant à la base de la calotte peut aussi révéler, comme en Antarctique, des surprises sur les conditions régnant en milieux extrêmes.

Ce nouvel enregistrement glaciaire participe de façon majeure à la corne d'abondance que constitue les carottes de glace. Il a été rendu possible grâce à un effort international fédérant 8 nations dont la France. Comme pour l'aventure d'EPICA Dome C, le LGGE et le LSCE ont été fortement impliqués dans ce travail des membres du « North Greenland Ice Core Project  ». Il a été soutenu en France par l'IPEV et l'INSU/CNRS.

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