Le rôle de l'Antarctique sur le futur niveau des mers se précise

Mardi, 26 Septembre 2006

De nouvelles simulations, réalisées à l'aide d'un modèle climatique à haute résolution spatiale par des chercheurs du CNRS (Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE) et Laboratoire de météorologie dynamique (LMD/IPSL)) et de l'Université de Melbourne, confirment qu'à l'avenir, l'augmentation de la température en Antarctique aura pour conséquence une augmentation des précipitations supérieure à l'augmentation de la fonte sur ses côtes. Ces précipitations restant stockées longtemps sous forme de neige et glace, la montée globale du niveau des mers en sera donc ralentie. Ce ralentissement, simulé avec une précision jamais atteinte jusqu'alors, serait d'environ 1,2 mm par an à la fin du siècle.

Du fait du réchauffement climatique, le niveau des mers monte d'environ 1,8 mm par an, en raison de la dilatation des océans et de l'apport d'eau douce dû à la fonte des glaciers de montagne, au vêlage(1) d'icebergs, etc.
La calotte de glace Antarctique joue un rôle particulier dans ce phénomène car elle constitue la masse d'eau douce la plus importante sur Terre (70 % des réserves de la planète). Son bilan de masse influence le niveau des mers de diverses façons : d'une part, cette calotte perd chaque année de la glace, pour l'essentiel par vêlage d'icebergs, mais aussi par fonte de glace sur ses bords, ce qui augmente le niveau des mers ; d'autre part, ce phénomène est naturellement compensé par l'accumulation de nouvelles neiges en surface, qui contribue quant à elle à diminuer le niveau des mers. Pour prévoir l'évolution future du niveau des mers, il est donc indispensable d'estimer correctement les variations futures de l'Antarctique, en termes d'accumulation de neige et de perte de glace.
Il est désormais connu que, lorsque le climat se réchauffe, d'une part la fonte aux bords de la calotte de glace antarctique augmente, d'autre part les masses d'air, plus chaudes et donc pouvant contenir plus d'humidité, apportent plus de neige au coeur de la calotte. Savoir lequel de ces deux effets est prépondérant dépend avant tout du climat au centre de la calotte de glace. Des travaux antérieurs ont montré que l'augmentation des précipitations au centre de l'Antarctique dominera l'augmentation de la fonte sur ses côtes.

De nouvelles simulations climatiques viennent d'être publiées, qui ont permis d'évaluer de facon plus précise qu'auparavant les futures accumulations de neige et fontes de glace en Antarctique et leur incidence sur le niveau des mers. En effet, la résolution spatiale du modèle climatique a pu être réduite à 60 km sur l'ensemble de l'Antarctique, alors qu'elle est de plusieurs centaines de kilomètres dans la plupart des modèles climatiques, offrant ainsi une meilleure prise en compte des processus climatiques à l'échelle régionale et donc une physique plus réaliste du climat antarctique.
Ainsi, en ne tenant pas compte d'une évolution possible du vêlage d'icebergs, l'évolution du bilan de masse de surface de l'Antarctique au cours de ce siècle, par le renforcement de l'effet de serre dû aux activités humaines, aura pour effet de ralentir la montée des eaux d'environ 1,2 mm par an à la fin du siècle. Cet effet sera néanmoins insuffisant pour enrayer la montée du niveau des mers causée par l'expansion thermique des océans et la fonte accrue du Groenland et des autres glaciers du monde.

Quant au risque que le vêlage d'icebergs depuis l'Antarctique augmente lui aussi au cours de ce siècle, la question demeure hélas entière au terme de ce travail.


Bilan de masse en surface (en kg par mètre carré et par an), simulés par le modèle climatique LMD-z à la surface de l'Antarctique pour les conditions climatiques de la fin du XXe siècle (à gauche) et de la fin du XXIe siècle (à droite). © LGGE.

Note(s): 
  1. Vêlage : perte de glace de l'Antarctique ou du Groenland s'écoulant dans la mer sous la forme de plateformes glaciaires qui en se désagrégeant libèrent des icebergs
Source(s): 

Krinner, G., O. Magand, I. Simmonds, C. Genthon, and J.-L. Dufresne, Simulated Antarctic precipitation and surface mass balance at the end of the 20th and 21st centuries, Climate Dynamics, doi:10.1007/s00382-006-0177-x, 2006.

Contact(s):
  • Gerhard Krinner, LGGE/OSUG
    krinner [at] lgge [dot] obs [dot] ujf-grenoble [dot] fr, 04 76 82 42 36

Les coordonnées ci-dessus peuvent avoir été mises à jour depuis la publication de cet article.