Yves Lagabrielle reçoit la Légion d'honneur

Vendredi, 12 janvier 2018

Yves Lagabrielle. Crédits : CNRS

Yves Lagabrielle, Directeur de recherche au CNRS, a reçu la médaille de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur, lors d’une cérémonie qui a eu lieu dans le salon d’honneur du Campus Michel Ange du CNRS le 11 décembre 2017. Cette distinction lui a été accordée par le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Yves Lagabrielle est directeur de recherche 1ère classe au CNRS et affecté à l’UMR Géosciences Rennes. Il étudie l’enregistrement de la dynamique de la lithosphère par les objets et par les structures géologiques. Il privilégie les observations de terrain et les mesures pour mieux comprendre les processus géodynamiques se déroulant aux frontières des plaques lithosphériques : l’accrétion océanique, la convergence et la genèse des marges passives lors de la divergence des plaques. Ses travaux se caractérisent par une grande variété dans les situations géodynamiques étudiées à travers le monde, aussi bien dans l’océan que dans les chaînes de montagne. Il est auteur et co-auteur de plus de 140 articles dans des revues internationales à comité de lecture. 

Yves Lagabrielle est également pédagogue. Il s’est investi dans la diffusion du savoir scientifique, soit au niveau universitaire par des cours en Licence et Master, soit par la formation des professeurs du secondaire. Il est bien connu parmi les étudiants et les enseignants comme co-auteur de plusieurs ouvrages réputés par lesquels il peut diffuser les concepts et les méthodes les plus modernes issus des laboratoires de géosciences.

La carrière d’Yves Lagabrielle débute à son entrée à l’ENS de Saint-Cloud en 1976 comme élève-professeur. Il se destine alors à l’enseignement. Il est reçu premier à l’agrégation de Sciences Naturelles en 1979. C’est à la suite de plusieurs stages et camps de terrain de géologie que naît sa vocation de chercheur et son désir de privilégier l’observation des situations naturelles. Il intègre alors le laboratoire d’océanologie et géodynamique de Brest où dans le cadre de sa thèse de 3ème cycle, il travaille sur les fonds océaniques fossiles préservés dans les ophiolites alpines. Recruté au CNRS en 1980 à Brest, il travaillera ainsi plusieurs années en comparant la lithosphère océanique à terre et en mer. A l’issue de ses nombreuses missions en submersible et sur les ophiolites, il démontre que le manteau lithosphérique peut être mis à l’affleurement à l’axe des dorsales lentes. Il participe ainsi à la découverte des grandes failles normales qui permettent l’exhumation des péridotites du manteau lors des processus d’accrétion amagmatique le long des frontières divergentes des plaques: les détachements océaniques.

Appelé en 1996 pour faire partie du Jury de l’agrégation de SVT, il y fait durant 4 ans des rencontres décisives. Au contact des autres examinateurs, il prend conscience de la très grande diversité des disciplines qui composent les sciences géologiques. Soucieux de faire naître des connexions interdisciplinaires nouvelles et désireux de voir la géodynamique en action, il décide à l’issue de cette période de s’ouvrir à la tectonique active et à l’aléa sismique. Il intègre alors pour 3 ans l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) avec une affectation à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Porteur d’un projet relatif à la tectonique en convergence, il co-dirige une mission à la mer visant à caractériser l’aléa sismique de l’île de Futuna et découvre une nouvelle dorsale océanique. Ceci permet de compléter le schéma général de la cinématique du Sud-Ouest Pacifique. Il montre à l’occasion de son détachement que l’archipel de Nouvelle-Calédonie subit depuis plusieurs millions d’années une phase d’extension et construit un modèle de mise en place des ophiolites en introduisant ce qu’il a nommé le concept « d’obduction passive ». 

De retour en métropole, Yves Lagabrielle s’établit en 2003 à l’UMR Géosciences Montpellier, où il poursuit ses collaborations sur l’étude de la convergence lithosphérique, de la subduction et de la tectonique continentale. Avec l’équipe mise en place dans le cadre du programme ECOS-sud de coopération avec le Chili et l’Argentine, il étudie les effets de la subduction de la dorsale active du Chili sur l’activité tectonique et magmatique d’une cordillère de subduction. Les travaux de cette équipe montrent que la chaîne de Patagonie cesse de croître au passage de la dorsale puis s’effondre car la lithosphère réchauffée ne supporte plus le poids de la croûte épaissie.

En 2007, Yves Lagabrielle décide de revenir sur des objets qu’il avait observés rapidement dans les années 80 : les lherzolites des Pyrénées. Il constate alors de fortes analogies avec des situations familières pour lui à l’axe des dorsales lentes et dans les ophiolites alpines. Il en déduit que là aussi, les péridotites sont venues à l’affleurement directement à l’axe d’un rift. Cette découverte publiée en 2008 fut le point de départ d’un renouveau dans les recherches géologiques sur la chaîne des Pyrénées. En 2013, Yves Lagabrielle rejoint l’UMR Géosciences Rennes où il poursuit ses projets relatifs à l’évolution de la chaîne des Pyrénées en y intégrant l’étude des fluides circulant dans les grands détachements permettant l’exhumation du manteau.