Les populations Ukrainiennes et Galloises sont-elles apparentées ? Une nouvelle histoire vieille de 556 millions d'années racontée par les roches

Vendredi, 8 février 2019

Jusqu’à présent, la faune édiacarienne du bassin de Podolya en Ukraine était considérée comme faisant partie du même domaine que celle de la Mer Blanche en Russie. Mais, du fait de la dérive des continents, ce qui est géographiquement proche aujourd’hui pouvait être très éloigné hier, et inversement. Aussi, sur la base de cet âge de 556,78 millions d'années et des morphologies très primitives des traces et organismes ukrainiens, il semble nécessaire de rouvrir le débat. Une équipe internationale(1), coordonnée par l'Institut de chimie des milieux et matériaux de Poitiers (IC2MP, CNRS/Université de Poitiers), a ainsi montré, par leurs dernières reconstitutions paléo-géographiques, que le domaine de Podolya se trouvait au voisinage géographique de ce qui est aujourd’hui le Pays de Galles.

A la fin du Néoprotérozoïque, il y a environ 550 millions d’années (Ma), soit avant l’explosion cambrienne (faune de Burgess), sont apparues dans un laps de temps très court eu égard aux temps géologiques, des formes de vie animales (métazoaires). Celles-ci ont prospéré puis disparu tout aussi mystérieusement sur l’ensemble de la planète. Ces organismes primitifs ont été regroupés sous l’appellation de faune d’Ediacara, du nom du site australien éponyme faisant mondialement référence.

Carrière fossilifère située dans le bassin de Podolya (Ukraine) ainsi que deux sortes de fossiles datés d’environ 557 Millions d’années. 1) Cyclomédusa (à gauche) ; 2) Nemmiana (à droite).

Cette période charnière est associée à de grands bouleversements géodynamiques liés à la dislocation du super-continent Rodinia. Ce processus, synchrone de la fin de la glaciation globale marinoénne, a conduit à des changements paléogéographiques très importants. Ainsi, l’ouverture d’espaces océaniques a entraîné la formation de vastes plateaux peu profonds bordant les continents nouvellement formés, tandis que les surfaces terrestres dénudées, dépourvues de leur couche de glace protectrice, libéraient de considérables volumes de sédiments, sources potentielles de nutriments pour la vie marine.

Si ce schéma général des conditions ayant prévalu à l’apparition des métazoaires semble peu à peu faire consensus, la corrélation entre les différentes faunes édiacariennes dans le monde, une vingtaine au totale, fait largement débat. A cela deux raisons. Tout d’abord un manque de datations précises pour ces faunes bien souvent conservées dans des sédiments à caractère détritique, comme en Ukraine. Or, ces données sont indispensables aux reconstructions paléogéographiques permettant de positionner les masses continentales les unes par rapport aux autres à cette période. En second lieu, ces organismes aux formes primitives sont sans équivalents dans les embranchements actuels, ce qui rend délicats les reconstitutions phylogéniques et limite bien souvent les chercheurs à de simples comparaisons morphologiques.

Au Sud-Ouest de l’Ukraine, le bassin de Podolya est connu pour sa faune édiacarienne découverte au début du XXè siècle dans des sédiments d’anciens environnements littoraux et deltaïques. Les travaux récemment menés ont permis d’identifier plusieurs niveaux de bentonites, matériaux dérivant de l’altération de cendres volcaniques, qui ont livré des cristaux de zircon permettant de dater les évènements volcaniques associés et donc de donner un âge absolu aux sédiments fossilifères qui les contiennent. Deux séries d’analyses, réalisées indépendamment par les méthodes LA-ICPMS et CA-ID-TIMS au Laboratoire Magmas & Volcans de l’Université de Clermont-Ferrand et au Department of Earth Sciences de l’Université de Genève respectivement, ont livré un âge concordant de 556,78 ± 0,18 (Ma). Une telle proximité rendrait d’autant mieux compte des nombreuses similitudes morphologiques observées entre les formes édiacariennes du bassin de Podolya et celles de Charnwood Forest au Pays de Galles.

Note(s): 

1. Parmi les laboratoires français, est également impliqué le Laboratoire magmas et volcans (LMV/OPGC, Université Clermont-Auvergne/CNRS/IRD)

Source(s): 

Soldatenko Y., El Albani A., Ruzina M., Fontaine C., Nesterovsky V., Paquette, J.-L. Meunier A. & Ovtcharova M. Precise U-Pb age constrains on the Ediacaran biota in Podolia, East European Platform, Ukraine. Scientific Report (2019) doi: 10.1038/s41598-018-38448-9

Contact(s):
  • Abderrazak El Albani, IC2MP
    abder [dot] albani [at] univ-poitiers [dot] fr, 06 72 85 20 88

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