Mission géologique post sismique en Italie

Mardi, 22 Mai 2012

Dernières minutes du 29 mai : cartes actualisées figurant le séisme du 29 mai 2012

 

 

 

 

 

 

 

Dernières minutes du 24 mai, voir : retour de mission post sismique

Trois chercheurs du CEREGE (CNRS, Univ Aix Marseille, IRD, Collège de France), de l’IPGS (CNRS, EOST-Univ Strasbourg) et de l’IPGP (CNRS, Univ Denis Diderot) partent aujourd’hui (22 mai 2012) observer sur le terrain les ruptures que le séisme, survenu en Italie du nord le 20 mai dernier, pourraient avoir laissées sur le terrain. Le séisme s'est produit sur une faille jusqu'ici consideree comme aveugle, identifiée par ces chercheurs et leurs collègues comme une faille active en 2003 (1)

Cette carte montre a localisation du séisme. Les traits blancs figurent les failles aveugles identifiées par les auteurs en 2003, en rouge les failles qui émergent. d'après Benedetti et al. JGR 2003

Le séisme de magnitude 6.1 survenu juste a l'ouest de Ferrara (Italie du Nord), le 20 mai 2012, à moins de 100 km des villes de Parme, Bologne et Vérone est localisé dans la plaine du Pô environ 50 km au nord de la chaîne des Apennins. La profondeur de son foyer est comprise entre 5 et 12 km et son mécanisme est de type faille inverse.


  • Carte géologique de la région avec l'emplacement du foyer du séisme et la faille susceptible d'avoir provoqué le séisme en profondeur (en rouge). Le trait noir situe la coupe. d'après Benedetti et al. JGR 2003
  • Coupe montrant l'emplacement supposé du foyer du séisme. d'après Benedetti et al. JGR 2003


Cette série de photos montrent les escarpements dus à l'activité ancienne des failles aveugles étudiées par les auteurs D’après la localisation du choc principal et des repliques, le séisme est sans doute dû au mouvement d’une des failles chevauchantes actives identifiees sur le terrain il y a une dizaine d’années par une équipe de chercheurs français. L’analyse de la topographie, de terrasses fluviales soulevees, et des variations d'épaisseur des sédiments Plio-Quaternaires qui comblent la plaine du Pô depuis environ 5 millions d’années, leurs avait permis de suggerer une activité actuelle des failles situées au nord des Apennins entre Voghera et Bologne.

Les failles inverses les plus claires émergent au front de la chaîne, et sont marquees, entre Pavia et Piacenza, au sud de Modena, et près de Bologne, par des escarpements visibles dans la topographie qui décalent verticalement les dépôts récents des rivieres. Sous la plaine du Pô, des chevauchements et des failles obliques qu'on appelle des "rampes latérales" affectent les sédiments plio-quaternaires de l'avant-pays, dont l'epaisseur maximale atteint 9 km juste au nord de Bologne et Modene.

L'ensemble des observations et mesures de terrain avait suggéré aux auteurs que ces failles continuaient a jouer aujourd'hui, absorbant un raccourcissement de l'ordre du mm par an dans une direction a peu pres NS, consequence de la tectonique des plaques regionale impliquant un rapprochement entre l'Afrique et l'Europe.

Plusieurs séismes historiques s'etaient deja produits au 15 eme et le 17 eme siecles dans la region, mais leur sources restaient mal connues. Plus recemment, pres de Parme et Reggio Emilia, trois seismes instrumentaux (1983, 1996 et 2008), quoique de magnitude plus faible (Ms= 5.0 et 5.1), ont clairement rompu ces failles inverses et rampes latérales. L'occurence de ce nouveau seisme et de ses repliques valide donc l'interpretation proposee, et rappelle que l'Italie du Nord n'est pas exempte de seismes destructeurs, meme s'ils sont plus rares que dans le centre ou le sud de la peninsule.

Lucila Benedetti, Jérôme Van der Woerd et Eric Jacques, qui ont participé à ces travaux conduits sous la direction de Paul Tapponnier, entament aujourd’hui une mission post sismique avec le soutien de l’INSU pour rechercher et étudier des ruptures de surface associées au mouvement de ces failles. Il faut rappeler que ces failles étaient il y a encore quelques années considérées d'âge essentiellement Mio-Pliocene, donc inactives ou peu actives. Le foyer étant peu profond (moins de 10 km), et la taille du seisme suffisante, une émergence en surface de la dislocation n'est pas exclue. Comme il existe peu de ruptures sismiques documentées en Europe, particulierement sur des chevauchements, les observations récoltées seront essentielles.

 

Contact

benedetti [at] cerege [dot] fr

Tel : +33686562498

Source(s): 

Geomorphic evidence for an emergent active thrust along the edge of the Po Plain: The Broni-Stradella fault, Benedetti, L., P. Tapponnier, Y. Gaudemer, I. Manighetti, and J. Van der Woerd (2003),  J. of Geophys. Res., 108, B5, 2238, doi:10.1029/2001JB001546.

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