Qu'est-il arrivé à la comète 17P/ Holmes ?

Lundi, 29 octobre 2007

Le 24 octobre 2007, l'éclat de la comète 17P/Holmes a brutalement été multiplié par un million. Des observations ont été réalisées avec les télescopes de l'Observatoire du Pic-du-Midi et les radiotélescopes de la station de Nançay dans le Cher et de l'IRAM sur le Plateau de Bure et au sommet du Pico Veleta en Espagne. Les données sont en cours de dépouillement pour connaître le phénomène qui a enclenché ce brusque sursaut de luminosité.

Ce sont des astronomes amateurs qui ont donné l'alerte. 17P/Holmes est une petite comète qui tourne autour du Soleil avec une période de 6,9 ans. Son éclat ne dépasse habituellement guère la 15ème magnitude, ce qui la rend difficilement observable sans gros télescope.

Le 24 octobre, son éclat, qui était voisin de la magnitude 16 les jours précédents, a brusquement augmenté alors qu'elle est à 1,63 unités astronomiques (245 millions de km) de la Terre et à 2,44 UA du Soleil (365 millions de km). Elle est vite devenue visible à l'oeil nu, atteignant la magnitude 2,5 le 25 octobre(1).


L'évolution de la comète 17P/Holmes. Images observées du 24 au 26 octobre 2007 au télescope de 1 m de l'observatoire du Pic-du-Midi. © Observatoire Midi-Pyrénées. Observatoire de Paris.
Des observations ont pu être organisées rapidement dès la nouvelle connue.

  • À l'observatoire du Pic-du-Midi (Observatoire Midi-Pyrénées), des images prises au télescope de 1 m dès le soir du 24 montrent l'évolution et le développement de la chevelure. La condensation centrale ne montre pas encore de signe de fragmentation du noyau.
  • Le spectre des raies de OH à 18 cm observé dans la comète 17P/Holmes avec le radiotélescope de Nançay. On observe une augmentation du signal par un facteur trois du 25 (à gauche) au 26 (à droite) octobre 2007. © Observatoire de Paris. INSU/CNRS. Le spectre de la comète observé avec le spectro-polarimètre NARVAL du télescope Bernard Lyot (INSU/CNRS), apparaît dominé par la poussière avec peu de raies d'émission.
  • Au radiotélescope de Nançay (Observatoire de Paris, INSU/CNRS), les raies du radical OH à 18 cm ont été observées le soir même de l'annonce du sursaut. Le radical OH est un produit de la photodestruction de la molécule d'eau qui permet d'estimer la quantité d'eau s'échappant de la comète.
  • Au radiotélescope de 30 m (Pico Veleta, Espagne) de l'IRAM (INSU/CNRS, MPG, IGN), les premières observations faites le 26 octobre ont révélé les raies intenses du radical CS et des molécules de monoxyde de carbone (CO), de méthanol (CH3OH) et de cyanure d'hydrogène (HCN), provenant de la sublimation des glaces cométaires. Les quantités de gaz observées étaient alors supérieures à celles que produisait la comète géante Hale-Bopp à la fin 1996, alors qu'elle était à la même distance du Soleil. Elles ont ensuite décru rapidement de jour en jour.
  • L'image observée à 3 mm de longueur d'onde, montrant la distribution de la poussière dans la comète 17P/Holmes, observée le 27 octobre 2007 avec l'interféromètre de l'IRAM au Plateau de Bure. © IRAM. INSU/CNRS. L'interféromètre de l'IRAM au Plateau de Bure a obtenu des images de la comète à 3 mm de longueur d'onde avec une résolution angulaire de 6 secondes d'arc, soit 7 000 km projeté sur la comète. Une raie de la molécule HCN, un traceur de la molécule d'eau, ainsi que l'émission thermique des poussières de taille millimétrique, ont été observées. Ces images sont complémentaires de celles obtenues dans le domaine visible, sensibles aux poussières micrométriques et aux radicaux. Elles nous permettront de mieux comprendre les relations entres les différentes composantes libérées par la fragmentation de la comète.

 

La comète 17P/Holmes fut découverte le 6 novembre 1892 à Londres par Edwin Holmes, à la faveur (déjà !) d'un important sursaut d'éclat. Des sursauts d'éclat imprévus sont fréquents parmi les comètes, mais il est rarissime d'en observer de si importants. Les observations de la comète Holmes se poursuivent, et le suivi de l'événement va peut-être nous permettre d'en élucider le mécanisme et d'en déterminer la cause.

Note(s): 
  1. La comète est passé au plus près du Soleil le 4 mai 2007 à 2,16 unités astronomiques (UA), soit 325 millions de kilomètres.
Contact(s):
  • Nicolas Biver, LESIA
    nicolas [dot] biver [at] obspm [dot] fr, 01 45 07 78 09
  • Dominique Bockelée-Morvan, LESIA (Observatoire de Paris/CNRS/Université Paris Diderot/UPMC)
    Dominique [dot] Bockelee [at] obspm [dot] fr, 01 45 07 76 05
  • François Colas, IMCCE
    francois [dot] colas [at] obspm [dot] fr, 06 82 96 04 29
  • Pierre Colom, LESIA. Observatoire de Paris
    Pierre [dot] Colom [at] obspm [dot] fr, 01 45 07 75 79
  • Jacques Crovisier, LESIA. Observatoire de Paris
    Jacques [dot] Crovisier [at] obspm [dot] fr, 01 45 07 75 99
  • Jean Lecacheux, LESIA. Observatoire de Paris
    Jean [dot] Lecacheux [at] obspm [dot] fr, 01 45 07 74 02

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