Les sciences du risque à l'ère du changement climatique
Évènements climatiques extrêmes, montées des eaux, avalanches, autant d’aléas qui placent la question des risques au cœur des réflexions pour la résilience et l’adaptation des sociétés face au changement climatique. Au cours des prochaines années, dans le cadre du programme de recherche
Aldo Sottolichio
A titre préalable, il est utile de définir ici la notion de risque. Le risque est une situation de danger, qui résulte de la présence simultanée d’un événement potentiellement dommageable (aléa) et d’éléments
Parmi les risques majeurs auxquels font désormais face nos sociétés, les impacts du changement climatique occupent une place centrale. Le Haut conseil pour le climat, dans son rapport 2022, soulignait que la France n’est pas prête face aux risques climatiques. En France, nous sommes exposés à la fois à des aléas à cinétique lente (montée du niveau marin, baisse de l’enneigement, effondrement de la biodiversité) et à des évènements extrêmes (chauds, secs, humides), dont la fréquence, l’intensité, la durée et la précocité augmentent dans un climat qui change et qui va continuer à changer tant que la neutralité carbone ne sera pas atteinte
Les prochaines années seront déterminantes pour améliorer les sciences du risque
Portons un focus sur les risques littoraux, en montagne et en Outre-Mer et sur l’enjeu du développement des sciences du risque dans ces territoires.
Les risques littoraux : les cas de l’érosion et de la submersion
Le littoral est particulièrement exposé aux aléas liés à des causes météorologiques et climatiques. Il est aussi exposé à des risques car une part importante de la population mondiale y vit et cette tendance va se poursuivre dans les décennies à venir. L’érosion correspond à la perte de territoire à cause d’une énergie trop forte des courants ou des vagues qui libèrent des sédiments (sable, gravier…) ou érodent des falaises, et qui opèrent une modification de la ligne de rivage, souvent traduite par un recul du trait de côte. Les risques littoraux sont complexes à étudier à cause des échelles de temps imbriquées : il y a des phénomènes cycliques (marées, saisons) se traduisant par un changement lent et progressif sur le long terme. Ces cycles se superposent à des phénomènes rapides et extrêmes qui accélèrent ou contrarient les tendances à long terme. De plus, les littoraux ne réagissent pas qu’à l’intensité des agents hydrodynamiques (typiquement les vagues), mais aussi à l’apport de sédiments, nécessaire pour compenser les pertes par érosion. Une plage qui reçoit beaucoup de sable, même si elle est exposée aux vagues, ne va pas forcément reculer. En revanche, les sédiments accumulés sur une vasière estuarienne
Il faut comprendre que le changement climatique aggrave des phénomènes déjà présents. Par exemple, la submersion
La demande sociétale, dans laquelle s’inscrit le programme de recherche Irima, est de prédire quelle va être l’évolution, dans ce contexte de changement climatique, de la mouvance du littoral. Globalement, le trait de côte est en recul presque généralisé mais les scientifiques souhaitent travailler de manière pluridisciplinaire pour mieux modéliser et ainsi mieux prédire les évènements. À ces fins, il leur faut acquérir une meilleure compréhension des phénomènes physiques (la physique des vagues, la réponse du littoral à ses vagues…) et de la connexion des phénomènes à la climatologie sans oublier l’aspect sociétal avec les processus d’adaptation.
Les risques en montagne
Le territoire de montagne est caractérisé par des contraintes physiques comme les pentes ou les gradients d’altitude qui affectent le territoire et ont des conséquences sur son occupation et son attractivité (tourisme, industrie, énergie, transport…). L’aménagement du territoire (et donc des enjeux) est en constante évolution du fait de l’évolution des pratiques et de son développement. C’est aussi l’un des territoires où le dérèglement climatique est le plus visible à travers la modification rapide des glaciers, de l’enneigement, du cycle hydrologique, et les changements des paysages qui dépendent également des évolutions des sociétés.
Avalanches, chutes de pierre, glissement de terrain, risques d’origine glaciaire et périglaciaires
A titre d’exemple, le changement climatique influence fortement les avalanches. À basse ou très basse altitude, les risques sont atténués alors qu’aux hautes altitudes l’activité avalancheuse peut encore s’amplifier ou tout au moins se maintenir avec l’amplification des extrêmes de précipitations. De même, la libération et le transport des sédiments liés au recul des glaciers peut être destructeur dans les vallées. Dans le cadre du PEPR Irima, l’objectif est d’arriver à mieux comprendre et prendre en compte l’ensemble des dimensions physiques et sociales des risques en montagne, depuis les processus jusqu'à l’évaluation des risques et la prise de décision, en ciblant spécifiquement les gaps de connaissances qui empêchent une évaluation et une atténuation efficaces des risques. L’ambition est de caractériser les dynamiques d’évolution des risques et de leurs composantes sur le temps long, et de développer des méthodes permettant leur prise en compte dans la cartographie et la gestion des risques à différents horizons temporels et sous différents scénarios climatiques. Une attention particulière est également portée aux risques en cascades liés notamment au fait de la dégradation du permafrost, du retrait glaciaire, et de la diminution des couverts neigeux saisonniers.
Les risques Outre-mer
Soumis aux cyclones, exposés à des séismes et à des évènements volcaniques (Petites Antilles, Mayotte, La Réunion…), les outre-mer sont des bassins de risques particuliers. Ils sont aussi des territoires insulaires où la gestion des risques est complexe, du fait non seulement de l’éloignement des moyens lourds dont dispose la métropole, mais aussi de la concentration de la population sur les côtes, ou encore des pratiques constructives locales, parfois très marquées par les origines des peuplades initiales. Toutes ces spécificités sont donc à prendre en compte quand on veut travailler sur les risques telluriques : ces derniers se manifestent au gré de l’activité sismique ou de l’activité volcanique qui peut évoluer rapidement (par exemple le changement d’alerte récent de la Montagne Pelée
Dans le programme de recherche Irima, un des enjeux de l’axe outre-mer est ainsi d’identifier de nouveaux signaux pour étudier les risques naturels et l’impact anthropique associé sur de grandes échelles spatio-temporelles (par exemple cycles sismiques, volcaniques ou cyclicité des cyclones). Ces nouveaux signaux permettront, nous l’espérons, d’identifier par exemple de nouveaux précurseurs de certains évènements telluriques. Cette meilleure connaissance des phénomènes permettra de développer des stratégies de gestion intégrative des risques adaptées aux zones ultramarines et intertropicales, et capables de faire face aux conséquences extrêmes d’évènements en cascade induisant des risques multiples (séismes, éruptions, instabilités, tsunamis, inondations, …). Par exemple, des cartes d’aléas d’éruptions volcaniques ou des simulations de dommages engendrés par des tsunamis pourraient aider les autorités dans leurs différents plans de crises ou de développement. Des modèles holistiques et intégrés de processus complexes tenant compte des incertitudes dans les projections de changement climatique sont indispensables à développer.
PEPR Irima : l’enjeu des sciences du risque
Les trois exemples de risques présentés démontrent l’enjeu particulier que représente le changement climatique et ses conséquences dans l’étude des risques. Les travaux de recherche dans différents domaines scientifiques permettent une meilleure compréhension des phénomènes naturels et des vulnérabilités des socio-écosystèmes et peuvent contribuer de manière importante à l’anticipation des risques, pour des populations et des zones les plus exposées et les plus vulnérables et contribuer aux politiques de réduction, d’adaptation et de résilience.
Le programme de recherche Irima a pour objectif de formaliser les sciences des risques en France dans le contexte des changements globaux, anthropiques et climatiques. Le but est non seulement d’étudier un ensemble d’aléas naturels pour améliorer la prédiction des risques, notamment les évènements extrêmes, mais aussi d’analyser la façon dont sont gérés les territoires et les populations vulnérables. Des études seront aussi réalisées pour repenser les cadres d’analyse et les politiques des risques, notamment les risques en cascades ou risques intriqués, aggravés par le changement climatique. L’association de chercheurs de différentes disciplines (géologues, océanographes, géophysiciens, modélisateurs, géographes, sociologues, historiens…) est une opportunité unique pour produire des connaissances inédites, une expertise scientifique pertinente pour l’action publique.
Julie Amblard
La perception et la connaissance des risques climatiques en France
Concernant les risques liés au changement climatique en France, l’appropriation des connaissances sur les impacts à court, moyen et long termes et l’idée que les changements actuels observés sont en rupture avec ce que l’Humanité a pu connaître par le passé n’est pas acquise. La différence entre les moyennes annuelles, saisonnières, les extrêmes, la compréhension des périodes de référence ou des horizons de projection (2030, 2050, 2100) ne sont pas maîtrisées non plus. Neutralité carbone, efficacité, sobriété, restent des termes obscurs, associés à des idées fausses ou des caricatures. Enfin, les co-bénéfices de l’atténuation et de l’adaptation sont moins connus. Les risques quand ils sont perçus
De plus, il y a encore aujourd’hui des confusions entre risques dits naturels et risques liés aux activités anthropiques (dus à l’activité humaine). Pour les risques dits « naturels », il faut comprendre que le réchauffement additionnel observé depuis la période pré-industrielle, essentiellement du fait des activités humaines
Pour en savoir plus
Sur les programmes de recherche :
Les PEPR font partie du plan d’investissement France 2030. Ils visent à construire ou consolider un leadership français dans des domaines scientifiques liés ou susceptibles d’être liés à une transformation technologique, économique, sociétale, sanitaire ou environnementale et considérés comme prioritaires au niveau national ou européen.
Sur le programme de recherche Irima :
Pour plus d’informations sur Irima porté en collaboration avec le BRGM et l'Université Grenoble Alpes.
Accidents industriels, catastrophes naturelles... la société face au risque | CNRS Le journal
Sur les risques :
- Consulter les dossiers thématiques | Géorisques - Ministère de la transition écologique (georisques.gouv.fr)
- BRGM | Visualisation des zones exposées à l'élévation du niveau de la mer à marée haute
- Risques littoraux | Géorisques - Ministère de la transition écologique (georisques.gouv.fr)
- Tsunamis et risques marins (unesco.org)
- Accueil | Risques Côtiers (risques-cotiers.fr)
- Avalanche : comprendre le risque | INRAE