Le corps national des astronomes et physiciens fête ses 40 ans !

Institutionnel

Les observations, régulières et sur de longues périodes, sont au cœur des recherches visant à comprendre le fonctionnement de l’Univers et de la Terre. Mais « observer » est une tâche qui demande de l’expertise et prend du temps. C’est pourquoi, il y a 40 ans exactement, a été créé le Corps national des astronomes et physiciens dont l’Insu a en charge le pilotage stratégique et scientifique. Retour sur cette genèse et sur les enjeux de la création de ce corps avec Michel Diament, physicien émérite à l’Institut de physique du Globe de Paris.

Michel Diament
Michel Diament, physicien émérite à l'IPGP

Qu’est-ce que le corps national des astronomes et physiciens ?

M.D. - C’est un corps d’enseignants-chercheurs qui ont une mission spécifique de réalisation de tâches scientifiques d'intérêt général d'observation. Ce corps comporte environ 350 personnes, réparties dans trois sections thématiques : astronomie astrophysique, terre interne, surfaces continentales - océan atmosphère. Ils exercent leurs fonctions soit dans les universités qui disposent d'un observatoire des sciences de l'univers, soit à l'Observatoire de Paris, l'Observatoire de la Côte d'Azur, ou l'Institut de physique du globe de Paris.

Y avait-il des personnels en charge de l’observation avant la création du CNAP ?

M.D. - C’est à Jean-Dominique Cassini qu’on doit, en 1784, la première demande d’avoir du personnel en charge d’observer de manière permanente. Il obtient 3 élèves dédiés à cette tâche. Mais ce ne sera qu’en 1872 puis 1873 que seront publiés des décrets esquissant une organisation du personnel, dépendant du Ministère de l’instruction publique, et réparti dans les divers observatoires. Le statut des observatoires eux-mêmes ne sera abordé qu’en 1936, par un décret signé par Jean Zay, ancien ministre de l’Éducation nationale, auquel on devra également la création du CNRS quelques années plus tard.

En 1986, enfin, un nouveau décret créé ce corps national des astronomes et physiciens (CNAP), qui à l’origine n’avait que deux sections : ceux qui observent le ciel, les astronomes et astrophysiciens d’une part et d’autre part, ceux qui observent l’intérieur de la Terre. Ce décret définit les taches d’un CNAP, c’est-à-dire leur mission de recherche, de collecte de données, et éventuellement de contribution à la surveillance. Il définit également la répartition du temps des enseignants-chercheurs du CNAP : 50% dédié à la recherche, 1/3 à l’observation et 1/6 à l’enseignement. Ce statut permet en outre au personnel d’être envoyé dans endroits spécifiques, comme par exemple, les observatoires volcanologiques.

Le corps des CNAP, tel qu’on le connait actuellement, est né.

Pourquoi était-ce important de créer ce corps ?

M.D. - À travers la création de ce corps, il s’agit avant tout de reconnaitre l’importance de l’observation. L’observation est indispensable scientifiquement.  La recherche dans les domaines des sciences de la e Terre et de l’Univers, où œuvrent les personnels du CNAP, est basée avant tout sur des observations. Et des observations sur le temps le plus long possible, même si nous n’imaginons pas encore toutes leurs applications ! Aujourd’hui on est très heureux de disposer de séries qui ont plus d’un siècle, à l’instar de celle du marégraphe de Brest qui nous informe avec précision sur l’augmentation du niveau de la mer depuis plus de deux siècles (1807) ! Pourtant, les tendances constatées aujourd’hui n’étaient pas anticipées à cette époque.

Mesures du marégraphe de Brest
Valeurs annuelles du marégraphe de Brest

Cet exemple témoigne d’ailleurs d’un autre enjeu :  la sauvegarde des données d’observation (du passé, et du présent) pour l’avenir.

Le problème, c’est que l’observation prend du temps, ce qui est compliqué à valoriser dans une carrière scientifique, dans un milieu plutôt compétitif. Dans nos domaines, en dehors de celles basées sur des expérimentations en laboratoire, je doute qu’il existe beaucoup de théories qui ne soient pas basées sur des observations en milieu naturel. 

Quels sont les services rendus par les personnels CNAP ?

L’observation, d’une manière générale, a pour but de satisfaire l’appétit de savoir, de comprendre, d’explorer (origine de la vie, formation de la Terre et de l’Univers, l’intérieur de la Terre et des planètes) … Le personnel CNAP contribue donc d’abord aux progrès des connaissances scientifiques permettant de comprendre comment le monde fonctionne, et, à ce titre, il répond pleinement à la demande sociétale. C’est en cumulant les observations qu’on a compris énormément de choses.

Dans nos domaines spécifiquement, l’observation nous permet également de vivre mieux en étudiant les aleas telluriques, météorologiques et climatiques, la pollution, les ressources (en eau ou minérales), la météorologie de l’espace ou en surveillant les géocroiseurs.

Le personnel CNAP contribue en outre à des services opérationnels, par exemple météorologiques ou pour l’établissement des éphémérides astronomiques. Il contribue à la surveillance (météo de l’espace, géocroiseurs, volcans actifs, tsunamis…) et au suivi de notre environnement (changement climatique…).

Enfin, en nous parlant de mondes souterrains, sous-marins, ou extraterrestres, c’est un corps qui nous permet de rêver ! 

Quel est le lien entre le CNAP et l’INSU ?

M.D. - Il existe un lien très fort !

L’Institut national des sciences de l’Univers a été créé en 1985, un an avant le CNAP, en raison de la nécessité d’avoir un organisme national en charge de gérer de multiples dispositifs d’observation dont certains nécessitent un budget conséquent. Fondé sur cette mission d’observation, le lien entre INSU et CNAP était donc fort, mais restait encore implicite. Ce n’est qu’en 2015 qu’un décret a officialisé le rôle de l’Insu : les observations réalisées par les personnels CNAP doivent se faire dans des services labelisés. Et c’est à l’Insu que revient le rôle de labéliser.

C’est également à lui que revient le rôle de piloter nationalement la gestion scientifique et stratégique du corps. l. Ce décret est une reconnaissance du poids et du rôle de l’Insu.

Que souhaiter au CNAP pour leurs 40 bougies ?

M.D. - Le métier a beaucoup évolué au cours des décennies. Les systèmes d’acquisition sont de plus en plus diversifiés, allant de l’observation sous-marine à l’observation satellitaire, et demandent des connaissances de plus en plus pointues. La gestion des données issues des observations, des expérimentations et des modélisations numériques prend de plus en plus de place.  Les questions scientifiques à traiter, qu’elles concernent la surveillance de la Planète ou l’environnement, sont de plus en plus prégnantes. On peut par ailleurs imaginer qu’on aura l’idée, dans le futur, d’observer de nouvelles choses, de prendre en compte de nouveaux paramètres ! Je ne peux que souhaiter au CNAP poursuivre et développer les observations et les services associés pour répondre toujours mieux aux besoins des demandes de la science et de la société ! 

3 portraits de personnels CNAP