Baromètre Starfish 2026 : l’observation comme pilier de la protection de l’océan

Institutionnel Océan Atmosphère

Publié chaque année à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan, le baromètre Starfish mobilise de nombreuses expertises du CNRS afin de proposer une synthèse scientifique de l’état de santé de l’océan et de ses liens avec les sociétés humaines. L’édition 2026 confirme l’accélération de plusieurs dégradations majeures. Elle alerte aussi sur la fragilité des systèmes d’observation qui permettent justement de suivre ces évolutions.

L’océan couvre plus de 70 % de la surface de la planète, régule le climat et fait vivre des milliards de personnes. Pourtant, son état reste difficile à appréhender dans sa globalité, tant les connaissances sont dispersées entre disciplines scientifiques et thématiques.

C’est de ce constat qu’est né le baromètre Starfish en 2025. Il est le fruit d’une collaboration entre chercheurs français et experts internationaux issus de 14 pays différents pour cette édition 2026 à laquelle participent quatre scientifiques du CNRS. « Nous sommes les seuls à proposer une vision aussi holistique de l’évolution du système Océan-Humanité basée sur des données scientifiques », souligne Marina Lévy, directrice de recherche CNRS au LOCEAN1 , co-créatrice du concept et présidente du comité scientifique de l’initiative.

Le baromètre s’articule autour de cinq dimensions : l’état de l’océan, les pressions humaines, leurs impacts sur les sociétés, les efforts de protection et les opportunités offertes par l’océan. Il est construit autour de connaissances interdisciplinaires mêlant océanographie, climat, biodiversité, économie et sciences sociales. Un an après sa première édition, quels enseignements révèle sa mise à jour 2026 ?

  • 1 expérimentations et approches numériques (CNRS / IRD / MNHN / Sorbonne Université)
barometre starfish
Barometre starfish

Des dégradations qui continuent de s’accélérer

En 2026, le constat dressé par le baromètre reste préoccupant. « Les changements océaniques s’accélèrent, et bien que des réponses existent, elles tardent à avoir un réel impact », résume Marina Lévy. Ces conclusions reposent largement sur les observations et les travaux impliquant des scientifiques de CNRS Terre & Univers. « Nos communautés produisent des connaissances qui forment la colonne vertébrale de Starfish, qui permet à son tour d’élargir leur impact en abordant les effets concrets qu’ils génèrent pour les sociétés », rappelle Marina Lévy.

Parmi les tendances les plus marquées, le baromètre révèle une accélération de l’élévation du niveau de la mer qui atteint une moyenne de 4,2 mm par an à l’échelle mondiale. Alors que le réchauffement de l’océan se poursuit, la glace de mer continue de reculer dans les régions polaires. À cela s’ajoutent des impacts croissants sur les écosystèmes marins : le nombre d’espèces menacées augmente et plus de 84 % des récifs coralliens mondiaux ont été exposés à des niveaux de chaleur susceptibles de provoquer leur blanchissement.

Observer l’océan pour mieux le comprendre

Derrière chacun de ces indicateurs se cache un vaste dispositif scientifique mondial mobilisant observations, modélisation et traitement des données. « Les indicateurs de Starfish ne viennent pas seulement des bouées ou des satellites, mais de notre capacité à exploiter et combiner ces données », explique Bruno Blanke, directeur de recherche CNRS au LOPS1  et co-auteur du baromètre.

L’Institut national des sciences de l’Univers du CNRS joue un rôle majeur en labélisant et soutenant les Services nationaux d’observation (SNO) du domaine océanique  De fait, il structure avec ses partenaires plusieurs de ces dispositifs, allant du réseau international de flotteurs Argo aux services européens de suivi de l’océan Copernicus2  en passant par l’infrastructure de recherche ILICO dédiée à l’observation du littoral et de l’océan côtier. Ces observations alimentent ensuite des modèles numériques qui permettent d’interpréter les mesures et de combler les lacunes dans les zones peu observées. 

« Starfish est un exemple concret de la continuité portée par le CNRS entre recherche fondamentale, service opérationnel et valorisation. Cette capacité à transformer les connaissances scientifiques en informations utiles pour l’action est essentielle pour accompagner la protection et la gestion durable de l’océan », indique Pierre Bahurel, directeur général de Mercator Ocean International et co-créateur de Starfish.

Des systèmes d’observation sous pression

Cette capacité d’observation constitue aujourd’hui un enjeu en soi. Parmi les nouveaux signaux mis en avant par l’édition 2026 figure justement l’état des systèmes d’observation océaniques. « Les grands systèmes d’observation de l’océan sont aujourd’hui en déclin », alerte Bruno Blanke. Cette tendance résulte d’un ensemble de facteurs, notamment des restrictions budgétaires affectant certains programmes d’observation, les évolutions récentes de la politique américaine et, pour la France, la réduction du temps de navire consacré aux campagnes océanographiques.

Pour les scientifiques et au-delà pour l’ensemble de la société, l’enjeu est cardinal. « Sans observations, les modèles ne peuvent être ni initialisés, ni validés, ni corrigés », rappelle le chercheur. Or, la multiplication des événements extrêmes exige des données toujours plus fréquentes afin de suivre des phénomènes qui évoluent parfois en quelques jours seulement.

Face à ces fragilités, les infrastructures d’observation qui coordonnent les services nationaux d’observation sont elle-même organisées au sein du french Ocean Observation System (FrOOS miroir national du GOOS global). En outre, plusieurs initiatives européennes, comme OceanEye, cherchent à renforcer les capacités de surveillance de l’océan en combinant observations in situ, données satellitaires et outils numériques. Car, conclut Bruno Blanke, « maintenir les infrastructures d’observation est une condition préalable à tout effort de gouvernance efficace des océans ».

  • 1Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (CNRS / Ifremer / IRD / Université de Bretagne occidentale)
  • 2Suivis opérés notamment par Mercator Ocean International, organisation créée à l’initiative du CNRS et dont il demeure actionnaire.
profileur sur la bouée instrumentée Solemio
Installation d’un profileur sur la bouée instrumentée Solemio, en rade de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône© Frédéric ZUBERER / OSU Pytheas / CNRS Images