Bio-accessibilité de polluants organiques et métalliques présents dans les sédiments de l'étang de Martot (France)
Dans le cadre du projet OSS276, des chercheurs de deux laboratoires français
Dans le cadre d’une gestion écologique et durable des ressources en eau, les planifications territoriales tendent désormais à araser d’anciennes structures bétonnées dans les rivières, mais cela n’est pas sans conséquence sur la dynamique des sédiments accumulés en amont.
Parmi les nombreux affluents de la Seine, l’Eure est l’un des principaux en aval de Poses. Parmi les ouvrages jalonnant son corridor et devant être arasés, figure le bief de Martot qui a favorisé le stockage de sédiments dans une annexe hydraulique (étang de Martot) pendant plus de 80 ans. Suite à l'arasement du barrage de Martot en 2017, les conditions hydrauliques et la dynamique sédimentaire ont été modifiées, posant la question du devenir des polluants stockés dans cette annexe depuis des décennies et celle du risque pour la faune aquatique en cas de relargage des sédiments dans la rivière.
L’Agence de l’Eau Seine-Normandie a cofinancé sur 3 ans le projet OSS276 visant à comprendre la dynamique sédimentaire de l’étang de Martot avant et après arasement du barrage, mais aussi à évaluer la contamination des sédiments en polluants organiques [hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et polychlorobiphényles (PCB)] et en éléments traces métalliques (ET) ainsi que leur bio-accessibilité, c’est-à-dire la fraction facilement accessible aux organismes vivants et donc potentiellement la plus dangereuse. La région Normandie a pour sa part financé une thèse sur 3 ans.
Dans le cadre de ce projet, les chercheurs ont développé et mis en œuvre des méthodologies permettant de quantifier les teneurs de la fraction bio-accessible des contaminants organiques (HAP, PCB) et de la fraction mobile des ET.
Comme il n’existe pas de méthode normalisée pour accéder à la fraction bio-accessible de contaminants organiques lipophiles adsorbés sur des particules de sols ou de sédiments, les chercheurs ont développé une nouvelle méthode « non-exhaustive »
Concernant les ET (As, Pb, Cd, Cu, Cr, Ni, Zn), les chercheurs ont appliqué la méthode d’extraction séquentielle « BCR modifiée » pour accéder aux fractions mobiles, c’est-à-dire les plus accessibles aux organismes vivants. Seuls 0,8–15,6 % de Cu, Pb, Cr et Ni ont été retrouvés dans les fractions sédimentaires les plus mobiles, contre 35,2-47,5 % pour As, Cd et Zn. Les ET les plus problématiques se sont avérés être le Cd et le Zn, dont les fractions mobiles dépassent le seuil réglementaire S1 dans les sédiments se trouvant entre 40 et 65 cm de profondeur.
Si l’on considère la possibilité d’un relargage continu des sédiments dans l’Eure suite à l’arasement du barrage de Martot, la fraction de sédiments à 40-65 cm de profondeur pourrait constituer un risque pour la faune aquatique, moins du point de vue des HAP et PCB que du Cd et du Zn.
Source
Bioaccessibility of polycyclic aromatic compounds (PAHs, PCBs) and trace elements: Influencing factors and determination in a river sediment core. F. Portet-Koltalo, T. Gardes, M. Debret, Y. Copard, S. Marcotte, C. Morin, Q. Laperdrix. Journal of Hazardous Materials, 2019, https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2019.121499