El Niño influence la production de tourbillons océaniques le long des côtes du Pérou et du Chili

Résultat scientifique Océan Atmosphère

El Niño du Pacifique Est est le mode climatique dominant dans les tropiques, bien connu pour ses répercussions sur la circulation atmosphérique globale et la circulation océanique tropicale. Ce qui est moins connu, c’est son effet sur la composante tourbillonnaire de la circulation océanique, qui contribue au transport de propriétés entre la côte et l’océan du large et qui est mal représentée dans les modèles climatiques à cause en particulier de leur résolution insuffisante.

En utilisant une modélisation océanique à haute résolution et près de 30 ans de données altimétriques sur le niveau de la mer, une équipe franco-péruvienne1 vient de montrer qu’El Niño façonnait la turbulence océanique le long des côtes du Pérou et du Chili, où les eaux profondes remontent à la surface (phénomène d’upwelling). Elle a notamment mis en évidence que seuls les événements El Niño les plus forts, et donc les plus rares, avaient un impact sur l’activité tourbillonnaire, expliquant ainsi les tendances à long terme enregistrées pour la circulation océanique à méso-échelle dans cette région. En revanche, l’amplitude des variations de l’activité tourbillonnaire induite par ces événements n’est pas liée à leur intensité (mesurée classiquement par les indices de température de surface de l’océan). Les événements El Niño extrêmes de 1997/98 et de 2015/2016 ont ainsi eu beaucoup moins d’impact sur l’activité tourbillonnaire observée par altimétrie que l’événement de 1972/73, considéré comme modéré.

Illustration scientifique
Anomalies de la température de surface de la mer (gauche) et de l’activité tourbillonnaire le long du Pérou/Chili (droite) pendant la période printemps-été austral de 1997/98 à partir respectivement d’observations et de données altimétriques. Les contours noirs (à droite) indiquent les régions où l’activité tourbillonnaire est généralement intense (moyenne sur la période 1993-2018).

Cette région océanique, une des régions d’upwelling les plus productives du monde, renferme également une zone dite de minimum d’oxygène dont l’évolution sous contrainte anthropique reste très incertaine. Comprendre comment la turbulence dans l’océan agit sur cette zone de minimum d’oxygène est un des objectifs de deux projets de collaboration en cours (FutureMares, CE2COAST).

  • 1. Sont impliqués le Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS/OMP, UPS / CNRS / CNES / IRD) et l’Institut de géophysique du Pérou.

En savoir plus

Conejero, C., Dewitte, B., Garçon, V., Sudre, J., and Montes, I. ENSO diversity driving low-frequency change in mesoscale activity off Peru and Chile. Scientific Reports, 10, 17902 (2020). https://doi.org/10.1038/s41598-020-74762-x

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Carlos Conejero
LEGOS/OMP