La majestueuse pyramide du Machapuchare (Fish Tail) dominant du haut de ses 7000 m les collines boisées du bas Himalaya au Népal © Jérôme Lavé

Faible impact des glaciations quaternaires sur l'érosion de l'Himalaya

Résultat scientifique Terre Solide

Au fil des cycles climatiques et glaciaires du Quaternaire (de -2,6 millions d’années à aujourd’hui), les glaciers de l’Himalaya ont subi de nombreuses phases d’avancée et de retrait, tandis que ses rivières ont vu leur débit également fluctuer. Les glaciers ont été en moyenne beaucoup plus étendus durant le Quaternaire que lors des périodes précédentes. On suspecte que ces variations ont modifié l’intensité de l’érosion de la chaîne de montagne mais les indices permettant de le vérifier sont rares.

En 2015, l’Expédition 354 du programme de forage sous-marin IODP dans la baie du Bengale (Océan Indien) a récolté, jusqu'à 1200 m sous le fond de l'océan, les sédiments produits par l’érosion de la chaîne himalayenne au cours du temps. Ces archives ont été datées, puis elles ont été analysées par une équipe de chercheurs du CRPG et du CEREGE qui a mesuré la concentration en béryllium 10 (10Be) accumulé dans les cristaux de quartz constitutifs des sédiments. Cette accumulation dépend directement du taux d’érosion des roches à l’origine de ces sédiments : plus les roches s'érodent vite, plus leur concentration en 10Be est faible. Après une série de traitements physico-chimiques pour isoler les cristaux de quartz puis en extraire l'élément béryllium produit en leur sein, leur concentration en 10Be a été mesurée à l'aide d'un instrument unique en France dédié à la mesure des nucléides cosmogéniques en très faibles concentrations : le spectromètre de masse par accélération (AMS), instrument national ASTER situé au CEREGE.

De façon inattendue, les taux d'érosion obtenus sur la période étudiée des 6 derniers millions d’années sont en moyenne très proches des taux d'érosion actuels en Himalaya, autour de 1 mm/an, et ne présentent aucune tendance à la hausse ou à la baisse à la transition du Quaternaire. Ces résultats suggèrent que l’érosion de l'Himalaya est gouvernée en premier lieu par les mouvements tectoniques, ce qui limiterait l'impact des changements climatiques sur la formation des paysages himalayens.

Évolution du taux d'érosion de l'Himalaya. Les traits et rectangles oranges représentent l'évolution de la moyenne et l'écart-type des taux d'érosion.

En savoir plus

Steady erosion rates in the Himalayas through late Cenozoic climatic changes – Nature geoscience, Volume 13, Issue 6

Sebastien J. P. Lenard, Jérôme Lavé, Christian France-Lanord, Georges Aumaître, Didier L. Bourlès, Karim Keddadouche

https://doi.org/10.1038/s41561-020-0585-2

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