L’astrophysicien Rodrigo Ibata reçoit le Prix Kavli 2026

Prix et distinction Univers

Rodrigo Ibata, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire astronomique de Strasbourg (Unistra/CNRS), reçoit le Prix Kavli 2026 en astrophysique aux côtés d’Amina Helmi (Université de Groningue) et de Vasily Belokurov (Université de Cambridge). Récompensé pour l’étude des débris d’anciennes galaxies qui a permis de reconstituer l’histoire dynamique de la Voie lactée, cet astrophysicien devient le premier à recevoir ce très prestigieux prix dans cette catégorie en France.

Les trois lauréats du Prix Kavli 2026 en astrophysique ont, ensemble, transformé la vision classique de la formation des galaxies massives. En s’appuyant sur les immenses bases de données de position, de vitesse et de composition chimique fournies par le Sloan Digital Sky Survey et la mission Gaia, ils ont montré que la Voie lactée n’a pas évolué de façon douce et continue, mais qu’elle est le produit d’une succession de collisions majeures et violentes avec des galaxies naines. Pour faire cela, ils ont pratiqué une véritable archéologie galactique, en analysant les fossiles stellaires, c’est-à-dire des débris issus de la désintégration de galaxies naines afin de reconstituer, couche après couche, le scénario des fusions qui ont façonné la Voie lactée. Cette approche a ainsi permis de remplacer le modèle ancien d’une croissance lente et lisse : la Voie lactée s’est surtout construite par de nombreuses collisions violentes avec d’autres petites galaxies.

Archéologie galactique : l’impact des travaux de Rodrigo Ibata

Rodrigo Ibata a découvert, lors de son séjour à Cambridge en 1994, la galaxie naine du Sagittaire. Cette galaxie, satellite de notre Voie lactée, devient à l’époque la plus proche jamais découverte. Elle avait jusqu’alors échappé aux astronomes car elle est diamétralement opposée au Soleil par rapport au centre de notre Galaxie. Très rapidement, un long courant d’étoiles échappées de cette galaxie naine est identifié tout autour de notre Galaxie.
Quelques années plus tard à l’Observatoire astronomique de Strasbourg, Rodrigo Ibata dirige la thèse de Nicolas Martin. La cartographie des régions externes à la galaxie d'Andromède effectuée grâce au Télescope Canada-France-Hawaii leur permet de montrer que les vestiges d'accrétions galactiques sont bien présents autour d'autres galaxies et que ce phénomène n'est pas unique à la Voie lactée. Ce télescope est équipé d’une caméra grand champ et d’une excellente qualité d’image idéale pour la détection des courants stellaires autour des galaxies les plus proches.
En découvrant ces traînées d’étoiles perdues par de petites galaxies, les chercheurs strasbourgeois ont progressivement conforté l’idée que notre Galaxie s’est formée par des épisodes de fusions successives, sur des échelles de plusieurs milliards d’années. En analysant précisément les positions et les vitesses des étoiles, avec des instruments comme le satellite Gaia, l’équipe de Rodrigo Ibata s’est spécialisée dans l’archéologie galactique : retrouver les courants d’étoiles, vestiges de galaxies naines avalées par la Voie lactée au cours de son histoire. Plusieurs dizaines de courants stellaires ont été mis en évidence dans le halo galactique : ils permettent de retracer l’historique de notre Galaxie, de détecter les étoiles les plus anciennes, et même de sonder la distribution de la mystérieuse matière noire.
 

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