Le Groenland, carrefour mondial des poussières du passé
Les carottes de glace du Groenland montrent que, durant la dernière période glaciaire, entre 130 000 et 10 000 ans, les quantités de dépôts de poussières minérales étaient jusqu’à vingt fois plus élevés qu’aujourd’hui et variaient très rapidement lors de changements climatiques abrupts.
À l’aide de simulations climatiques avancées avec le modèle système Terre HadGEM-ES développé au Met Office anglais, une équipe de scientifiques (dont un chercheur du CNRS Terre & Univers, voir encadré) montre que les variations de poussières enregistrées au Groenland résultent de mécanismes distincts selon l’échelle de temps considérée. À l’échelle glaciaire–interglaciaire, l’augmentation globale de la poussière provient majoritairement d’Asie, cette dominante étant liée à l’expansion des zones arides et à une végétation plus clairsemée. En revanche, lors des événements climatiques abrupts survenus durant les glaciaires (périodes allant de cinquante à plusieurs centaines d’années), le modèle révèle un rôle majeur des régions entourant l’Atlantique, en particulier l’Afrique du Nord.
Ces périodes froides provoquent un déplacement vers le sud des ceintures de pluies tropicales et un renforcement de la circulation atmosphérique, ce qui réduit l’élimination de la poussière par les précipitations et favorise son transport vers les hautes latitudes, jusqu’au Groenland. Ce mécanisme explique mieux la synchronisation observée entre les variations de poussières en Europe (loess), dans l’Atlantique et au Groenland, ainsi que certaines signatures géochimiques récentes.
Ces résultats remettent en question l’interprétation selon laquelle la poussière déposée au Groenland provient exclusivement des déserts asiatiques et ils soulignent une forte sensibilité du transport de poussières aux changements climatiques rapides. Ils ouvrent aussi de nouvelles perspectives sur le rôle potentiel des poussières dans l’amplification des changements climatiques abrupts. Cette étude vient compléter les récents résultats concernant la provenance des sédiments éoliens européens du dernier maximum glaciaire, et ouvre de nouvelles perspectives sur le rôle potentiel des poussières dans l’amplification des changements climatiques abrupts.
Laboratoire CNRS impliqué
- Géosciences Montpellier - OREME
Tutelles : CNRS / UNIV MONTPELLIER