Les animaux du Cambrien montrent leurs muscles
Les premiers animaux apparaissent au cours de la transition Précambrien-Cambrien et se diversifient rapidement au début du Cambrien (env. 540-520 Ma) donnant naissance aux grandes lignées actuelles (ex : les arthropodes). Des fossiles à préservation exceptionnelle (Chine, Canada, Australie, Groenland) nous permettent de reconstituer leur anatomie. Mais que sait-on exactement des autres aspects de leur biologie tels que leurs comportements et leur capacité à se déplacer dans leur environnement ?
La locomotion des animaux actuels est générée par des fibres d’actine et de myosine dont la contraction est régulée par un neurotransmetteur. Nous avons pu mettre en évidence des fibres musculaires chez des cnidaires vieux de 535 millions d’années, découverts en Chine dans la Province de Shaanxi. Il s’agit des lointains ancêtres des méduses actuelles dont les structures corporelles ont été parfaitement conservées grâce à la minéralisation de leurs tissus en phosphate de calcium, juste après leur mort. Ces fossiles montrent un réseau de fibres concentriques très semblable à celui des méduses actuelles comme le confirment les études comparatives réalisées par Lucas Leclère
En parallèle, nous nous sommes intéressés aux muscles présents chez d’autres animaux du Cambrien, notamment certains vers et les précurseurs des arthropodes, les lobopodiens. Leur système musculaire était fondamentalement différent de celui des méduses et principalement constitué de fibres circulaires et longitudinales tapissant le corps de l’animal. Ces muscles exerçaient une pression sur le fluide interne de l’organisme, à l’image d’un ballon de baudruche rempli d’eau que l’on pincerait. Ils permettaient à l’animal de se mouvoir et notamment de fouir le sédiment. Ce système locomoteur est très différent de celui des arthropodes qui apparaissent plus tard au Cambrien dont les muscles relient les éléments articulés de leur squelette externe.
En résumé, ces recherches montrent que la diversification des systèmes musculaires au début de Cambrien a joué un rôle fondamental dans la mobilité des premiers animaux, leur permettant de coloniser de nouveaux espaces à la fois dans la colonne d’eau et le sédiment mais aussi d’associer la locomotion à de multiples activités vitales comme la recherche de nourriture ou des comportements de fuite.