Les plages vont-elles vraiment disparaitre avec le changement climatique ?

Résultat scientifique Surfaces continentales

Les littoraux sableux, qui couvrent près d’un tiers du linéaire côtier mondial, montrent une tendance globale à l’érosion. Or, le changement climatique, à travers notamment l’augmentation du niveau moyen de la mer, va aggraver cette érosion au cours du XXIe siècle.

Photo de la plage du Truc Vert sur la côte girondine.
La plage du Truc Vert sur la côte girondine fait partie des plages qui devraient disparaître d’ici la fin du siècle d’après l’étude européenne. Pourtant les données d’observation montrent que le système s’engraisse depuis au moins plus d’un siècle. De plus, même en érosion chronique, l’espace d’accueil permettrait à tout le système ‘plage-dune’ de migrer vers les terres et d’être ainsi conservé. © Stéphane Bujan, EPOC

Début 2020, une équipe de chercheurs européens a publié une étude qui a eu un très fort impact médiatique. Elle concluait en effet sur la disparition de plus de la moitié des plages sableuses mondiales d’ici la fin du XXIe siècle. Ayant réexaminé les données et la méthodologie sur lesquelles s’appuyait cette étude, un consortium international1 est arrivé à des conclusions très différentes.

Parmi les nombreux éléments de désaccord, le modèle d’impact de l’augmentation du niveau moyen de la mer utilisé par l'équipe européenne ignore les possibilités d’ajustement morphologique des plages suite à un recul du trait de côte. Or, le consortium international a montré que si les plages ont un espace d’accueil à l’arrière, lorsqu’elles sont par exemple adossées à des plaines côtières, des marais littoraux ou des dunes, alors elles conserveront leur forme générale en migrant dans les terres : le littoral reculera, mais les plages survivront, bien qu'un peu surélevées et situées plus à l'intérieur des terres qu’actuellement. En revanche, les plages adossées à des falaises ou à des structures d'ingénierie telles que des digues, qui ne peuvent de ce fait migrer vers les terres, subiront une diminution de leur largeur, qui pourra finalement conduire à leur disparition. Les structures côtières en dur empêchent ainsi l’adaptation naturelle des plages à l'élévation du niveau de la mer. Dans ces conditions, le retrait de ces structures ou, lorsque c’est possible, les solutions fondées sur la nature seront souvent les seules méthodes à appliquer pour sauvegarder l'avenir de ces plages.

  • 1. Les pays dont sont issus les chercheurs sont la France [avec le laboratoire Environnements et paléoenvironnements océaniques (EPOC/OASU, Université de Bordeaux / CNRS) et le Centre européen de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (CEREGE/PYTHÉAS, CNRS / AMU / IRD / Collège de France)], le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

En savoir plus

Cooper, J.A.G, Masselink, G., Coco, G., Short, A.D., Castelle, B., Rogers, K., Anthony, E.J., Green, A.N., Kelley, J.T., Jackson, D.W.T. (2020). Sandy beaches can survive sea-level rise. Nature Climate Change, https://doi.org/10.1038/s41558-020-00934-2

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Bruno Castelle
EPOC/OASU