Olivier Grasset, nouveau directeur de l’institut national des Sciences de l’Univers

Oliver Grasset, nommé directeur de l'Institut national des Sciences de l'Univers du CNRS par Thierry Dauxois, a pris ses fonctions le 1er septembre. Il évoque dans cette interview son parcours de géologue, spécialiste des lunes de glace, qui l'a mené à la direction de l'INSU, ses priorités et orientations pour consolider les missions de l’institut et sa vision de la recherche en sciences de la Terre et de l'Univers au sein des écosystèmes nationaux et internationaux.

Quel est votre parcours ?

« Je suis géologue de formation : à l’École de géologie de Nancy, puis en thèse à Orsay, j’ai commencé par étudier la Terre interne, avec une approche en géophysique et géochimie. 

Mon intérêt pour la dynamique interne des planètes m’a ensuite conduit à étudier plusieurs objets dont la Terre bien sûr, Mars et les exoplanètes de type tellurique, mais mon expertise en recherche est surtout ciblée sur la structure et la dynamique des lunes de glace du système solaire. Mon approche a été à la fois expérimentale afin de reproduire les conditions existant à l’intérieur des manteaux glacés de ces lunes, et aussi numérique afin de modéliser les processus de transfert de chaleur conduisant à l’apparition d’océans profonds sous les glaces de surface.

Mon implication dans la mission JUICE de l’ESA a marqué un tournant. Pendant près de 10 ans, j’ai accompagné le projet depuis sa conception, notamment en tant que co-responsable scientifique au moment de sa sélection comme première pierre angulaire du programme Cosmic Vision (2012), puis ensuite en tant que Scientifique Interdisciplinaire jusqu’en 2021. JUICE, lancée en 2023, explorera le système de Jupiter et les lunes glacées à partir de 2031, et sera la première mission à orbiter une lune de glace. Cette expérience m’a ensuite conduit à des responsabilités au niveau européen, au sein de l’ESA, notamment via ma contribution à la rédaction de la feuille de route Voyage 2050 du programme d’exploration jusqu’en 2050 et aussi la présidence de 2024 à 2026 du comité d’experts des sciences spatiales qui suit l’ensemble du programme d’exploration robotique de l’ESA depuis l’environnement spatial terrestre jusqu’aux confins de l’univers.

En parallèle j’ai été directeur d’une UMR (le LPG, à Nantes) de 2012 à 2017, puis, depuis 2017, j’étais vice-président recherche et sciences ouvertes à l’Université, où j’ai accompagné la création de Nantes Université, établissement pluridisciplinaire composé de 9 établissements, écoles et instituts. 

Ce parcours m’a appris une chose : la science ne se fait pas en silos. Que ce soit dans le domaine de la recherche et de l’innovation depuis le laboratoire, ou dans le cadre de l’administration de la recherche, il faut savoir naviguer entre les disciplines. Et cette double compétence – scientifique et administrative – me semble un atout pour diriger l’INSU. »

Comment envisagez-vous l’évolution de l’institut dans le cadre du projet mis en œuvre par le PDG du CNRS ?

Le contexte de la réforme du périmètre de instituts, initiée avant l’été par le nouveau PDG du CNRS, Thierry Dauxois, va bien sûr occuper une place importante dans les prochains mois. Le calendrier de cette réforme est ambitieux : la définition des périmètres scientifiques des nouveaux instituts devra être finalisée d’ici la fin de l’année 2026. Nous travaillons actuellement avec nos communautés, mais aussi avec les directions de l’INEE et de l’IN2P3, les autres instituts impliqués dans la construction des deux futurs instituts impliquant l’INSU, dans la définition de ces périmètres et je m’engage à communiquer autant que de besoin sur les orientations prises sur ce sujet. L’année 2027 sera consacrée au travail sur la structuration et l’organisation interne, pour un démarrage officiel en 2028.

Quel que soit le périmètre scientifique de notre futur institut, je vais défendre le modèle de l’INSU comme le modèle de référence et consolider ce qui a été fait par les directions précédentes : mettre l’accent sur les 4 piliers (prospectives, programmes nationaux, infrastructures de recherche et OSU et unités), plébiscités par toutes nos communautés dans toutes les prospectives. 

Ces quatre piliers sont essentiels : les prospectives justement, pour anticiper les grands enjeux scientifiques et guider la recherche vers des horizons innovants ; les programmes nationaux, qui soutiennent l’émergence de projets ambitieux et fédèrent la communauté ; les infrastructures outils indispensables pour la recherche, qu’il s’agisse des grands équipements ou des réseaux d’observation ; et le bloc UMR-OSU, qui fédère les unités mixtes de recherche et les observatoires assurant ainsi une coordination efficace entre les différents acteurs.

Comment notre institut peut-il se positionner dans un contexte national et international ?

Je n’ignore pas la réalité parfois complexe du quotidien des unités dans un contexte de moyens actuellement contraint. C’est pourquoi nous avons besoin de continuer à nous coordonner avec nos différents partenaires de l’ESR. Continuer la coordination nationale avec nos partenaires du Comité inter-institutions (C2I), mais aussi continuer à développer notre coordination avec les universités, comme le préconise Thierry Dauxois dans son projet, pour assurer une meilleure synergie des acteurs nationaux de la recherche. L’objectif est d’aboutir à une projection pluriannuelle de notre stratégie de recherche et d’innovation, ce qui est indispensable pour défendre nos intérêts. 

Nous devons également porter cette stratégie au niveau européen et international, en utilisant les outils du CNRS, comme les IRL et les IRC (laboratoires et centres de recherche internationaux du CNRS), dans lesquels l’INSU est déjà très investi.

Nos Services Nationaux d’Observation (SNO), nos grands programmes ou nos infrastructures doivent être européanisés pour avoir un impact maximal. Je suis un européen convaincu : c’est via notre implication et notre influence dans les infrastructures européennes que nous pourrons atteindre une souveraineté scientifique dans nos domaines. L’institut doit ainsi continuer le déploiement d’une organisation nationale solide de ses structures pour pouvoir intégrer les infrastructures et réseaux européens.

Le déploiement de cette stratégie repose sur l’engagement de l’ensemble de nos communautés — dans nos laboratoires, nos observatoires, et au sein de l’équipe de direction de notre institut.  Dans les prochains mois, je vais donc essayer de me déplacer au maximum à votre rencontre pour que nous puissions consolider collectivement ce projet.