Un nouveau regard satellitaire sur le delta du Gange-Brahmapoutre

Résultat scientifique Surfaces continentales

Les zones intertidales sédimentaires, notamment deltaïques, situées dans la zones de balancement de marées, peuvent subir des changements morphologiques rapides. Celles du delta du Gange-Brahmapoutre, au Bangladesh, constituent l'un des environnements côtiers les plus vastes et les plus dynamiques au monde. Fleuves, marées, vagues et cyclones y déplacent en permanence d'immenses quantités de sédiments, remodelant les côtes, les chenaux et les îles, avec des conséquences directes pour les populations vivant dans cette région particulièrement exposée. Jusqu'à présent, observer ces transformations à une telle échelle et quantifier les volumes de sédiments impliqués relevait d'un véritable défi. Les campagnes de terrain sont difficiles à mener de façon régulière sur plusieurs milliers de kilomètres carrés, tandis que les images satellitaires classiques ne permettent généralement de suivre que les déplacements du trait de côte, sans mesurer les variations d'altitude ou de volume.

Pour la première fois, une équipe impliquant des chercheurs du CNRS Terre & Univers (voir encadré), a directement mesuré depuis l'espace l'évolution tridimensionnelle d'une vaste zone intertidale. Leur étude, menée sur quatre îles de l'estuaire de la Meghna à partir d'observations acquises en 2024 et 2025, révèle comment des dizaines de millions de tonnes de sédiments sont redistribuées en seulement un an. Les résultats mettent en évidence des variations d'altitude dépassant localement un mètre ainsi qu'un gain net d'environ 70 millions de tonnes de sédiments. Ils révèlent également des phénomènes d'érosion, d'accumulation de sédiments, de migration de bancs de sable et de chenaux, ainsi que le remodelage progressif d'îles entières.

Cette avancée est d'autant plus remarquable qu'elle repose sur les observations du satellite Surface Water and Ocean Topography (SWOT), une mission qui n'avait pas été conçue pour cartographier les zones intertidales. Initialement développé pour mesurer la topographie de la surface des océans ainsi que le niveau des rivières et des lacs, SWOT s'est révélé capable d'observer également l'altitude des vasières lorsqu'elles émergent à marée basse. En exploitant cette capacité inattendue, les chercheurs ont pu reconstituer l'évolution d'un vaste paysage côtier sur une période d'un an.

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour le suivi des littoraux les plus vulnérables à travers le monde. À mesure que la mission SWOT poursuivra ses observations, elle permettra de mieux comprendre la réponse des deltas aux apports sédimentaires, aux tempêtes et à l'élévation du niveau de la mer, tout en améliorant les modèles utilisés pour anticiper l'évolution des côtes et les risques associés. Cette étude montre ainsi qu'une mission spatiale conçue pour l'étude des océans et des eaux continentales peut également devenir un outil inédit pour observer les interfaces les plus dynamiques entre la terre et la mer.

Laboratoires CNRS impliqués

  • Littoral, environnement et sociétés ( LIENSs - OASU)
    Tutelles : CNRS / LA ROCHELLE UNIV
     
  • Laboratoire d'Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales ( LEGOS - OMP )
    Tutelles : CNES / CNRS / IRD / UNIV TOULOUSE (EPE)
     

En savoir plus

Yeasmin, N., Testut, L., Ballu, V., & Khan, M. J. U. (2026). Rapid morphological changes in the intertidal zone of the Ganges-Brahmaputra delta revealed by SWOT altimetry mission. Geophysical Research Letters, 53, e2026GL122592.