Un ralentissement de l'AMOC revu à la hausse pour la fin du siècle
Une équipe de recherche du CNRS Terre & Univers et de l’INRIA, basée à Bordeaux, publie une nouvelle étude qui apporte un éclairage sur l’évolution future d’un élément clé du système climatique : la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, souvent appelée AMOC. Ce vaste système de courants marins, dont fait partie le Gulf Stream, joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, notamment en transportant de la chaleur des tropiques vers l’Atlantique Nord.
Les modèles climatiques actuels présentent des résultats très divergents concernant l’évolution future de cette circulation océanique. En moyenne, ils prévoient un ralentissement d’environ 32 % d’ici la fin du siècle dans un scénario d’émissions intermédiaire. Cependant, ces estimations restent très incertaines. Pour affiner ces projections, les chercheurs ont appliqué quatre méthodes différentes permettant de contraindre les modèles climatiques à partir d’observations réelles du système climatique. L’approche la plus performante combine un grand nombre de variables observées (température, salinité, etc.) grâce à une méthode statistique avancée appelée régression linéaire régularisée, encore peu utilisée en sciences du climat.
Leur analyse conduit à une conclusion notable : le ralentissement de l’AMOC pourrait atteindre environ 51 % d’ici 2100, avec une incertitude nettement réduite. Cela représente un affaiblissement environ 60 % plus important que celui suggéré par la moyenne des modèles climatiques. Selon les chercheurs, cette différence s’explique en grande partie par la correction d’un biais présent dans les modèles concernant la salinité de surface dans l’Atlantique Sud. Or, plusieurs travaux récents indiquent que cette région joue un rôle déterminant dans la stabilité de l’AMOC et pourrait être liée à l’existence d’un point de bascule potentiel dans le système océanique.
Ces nouveaux résultats suggèrent donc que l’affaiblissement futur de ce courant majeur pourrait être plus important que prévu, avec des conséquences possibles sur le climat régional et mondial, notamment sur les températures en Europe, les régimes de précipitations ou encore le niveau de la mer. Pour les scientifiques, mieux quantifier ce risque est crucial : une estimation plus précise du ralentissement de l’AMOC permettra d’améliorer les stratégies d’adaptation au changement climatique et d’anticiper plus efficacement ses impacts.
Laboratoire CNRS impliqué
- Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (EPOC - OASU)
Tutelles : BORDEAUX INP / CNRS / Univ. Bordeaux
Pour en savoir plus
Valentin Portmann et al., Observational constraints project a ~50% AMOC weakening by the end of this century.Sci. Adv.12,eadx4298(2026).