Viabilité et réchauffement climatique : l’humidité compte

Résultat scientifique Océan Atmosphère

Dans le contexte du réchauffement climatique, les scientifiques réalisent des simulations de modèles qui leur permettent d’estimer les températures dans les 25 à 50 prochaines années à venir. Des travaux récents montrent qu’il faut tenir compte du taux d’humidité pour prévoir les zones qui seront habitables. En effet, la dissipation de la chaleur dans le corps humain se produit par évaporation de la sueur. Si l'air est trop humide, le corps humain est en hyperthermie et les organes dysfonctionnent. 

La péninsule arabique, qui comprend le désert d’Arabie -  le plus grand désert d’Asie - et dont les mers qui l’entourent apportent de l’humidité le long des côtes, subit actuellement des températures très élevées en été. Elle connaît un développement économique rapide et une des plus fortes croissances démographiques au monde.

En utilisant les observations satellitaires IASI1 , les réanalyses ERA52 , et des projections de modèles climatiques pour analyser les températures de surface et celles du « bulbe humide » (une variable non linéaire reliant la température et l’humidité), le matin et le soir dans la péninsule arabique, les chercheurs et chercheuses du Latmos (Laboratoire atmosphères, observations spatiales) ont montré que la température du bulbe humide est plus élevée en début de soirée l’été, quand l’air est saturé par l’humidité. 

L'effet de l'humidité apportée par les plans d'eau ou par l'irrigation peut donc affecter la capacité de survie des habitants d’une des régions les plus peuplées du monde. Par conséquent l'irrigation devrait être incluse dans les projections climatiques futures.

  • 1La mission IASI (Infrared Atmospheric Sounding Interferometer) vole à bord des satellites Metop et fournit des données globales de divers composés atmosphériques et paramètres météorologiques dont la température de surface.
  • 2La réanalyses ERA5 provient du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Les données ont été interpolées à l’heure et au lieu de l’observation de IASI.
Figure 1. Haut : observations IASI diurnes et nocturnes de la température du sol (LST) pendant l'été pour les villes du golfe Persique et du golfe d'Oman. Bas : température de bulbe humide (WBT) calculée à partir des données réanalyses ERA5. La figure 1 montre que dans le golfe Persique et autour d’Oman, la température est plus élevée en début de soirée l’été car l’air est saturé par l’humidité. © LATMOS
Figure 2. Température du sol et température du bulbe humide moyennées sur 13 étés [2008-2020]. On peut voir que l’irrigation diminue la température du sol mais peut augmenter le stress thermique de 2 à 3°C. © LATMOS

Pour en savoir plus

Sarah Safieddine et al 2022 Environ. Res. Lett. 17 044029 Present and future land surface and wet bulb temperatures in the Arabian Peninsula

Contact

Sarah Safieddine
Chargée de recherche CNRS au Laboratoire Atmosphères Milieux Observations Spatiales (LATMOS) / Sorbonne Université