Variabilité climatique intrinsèque de l’Atlantique Nord : un amplificateur du réchauffement en Europe
Une étude internationale, impliquant des chercheurs du CNRS Terre & univers et publiée dans la revue Nature Communication, révèle que la variabilité interne multi-séculaire de la circulation océanique dans l’Atlantique Nord (AMOC) a joué un rôle clé dans les fluctuations climatiques européennes au cours des 6 000 dernières années. Ce mécanisme naturel, souvent sous-estimé dans les modèles climatiques, pourrait expliquer jusqu’à 30 % du réchauffement accéléré observé en Europe du Nord depuis les années 2000 et influencer les projections climatiques futures.
Les scientifiques savent que le réchauffement climatique actuel est principalement dû aux émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les modèles climatiques peinent à reproduire l’ampleur du réchauffement en Europe, notamment au nord, où les températures augmentent plus vite que la moyenne des projections. En combinant données paléoclimatiques, observations instrumentales et simulations numériques, les scientifiques ont identifié une variabilité naturelle de la circulation océanique de retournement en Atlantique Nord (AMOC) sur des échelles de temps multi-séculaires (100 à 200 ans).
Les analyses spectrales de carottes glaciaires, sédiments lacustres et simulations transitoires révèlent une oscillation récurrente de l’AMOC, liée à des échanges de sel et d’eau douce entre l’Arctique et l’Atlantique Nord. Cette variabilité interne a contribué à des phases de réchauffement (début du XXe siècle) et de refroidissement (1940-1980), avant d’amplifier le réchauffement actuel en Europe du Nord. Entre 2000 et 2035, ce mécanisme pourrait renforcer de 15 à 37 % le réchauffement d’origine anthropique, selon les régions.
Ces résultats soulignent l’importance de mieux intégrer la variabilité interne océanique dans les modèles climatiques, notamment pour affiner les prévisions régionales. « Les projections actuelles sous-estiment peut-être l’ampleur des changements en Europe, car elles ne capturent pas toujours la phase actuelle de cette variabilité naturelle », explique Didier Swingedouw. Les auteurs appellent à une meilleure prise en compte des archives paléoclimatiques pour contraindre les modèles et réduire les incertitudes.
Laboratoires CNRS impliqués
- Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux (EPOC - OASU)
Tutelles : BORDEAUX INP / CNRS / Univ. Bordeaux - Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE - OVSQ)
Tutelles : CNRS / CEA / CNRS / UVSQ / Université Paris-Saclay
Pour en savoir plus
Al-Yaari, A., Swingedouw, D., Braconnot, P. et al. Multi-centennial internal variability in the North Atlantic could drive additional warming over Europe. Nat Commun 17, 2614 (2026).