Port grec d’Héraklion, en Crète, et le massif enneigé du mont Psiloritis en arrière-plan, photographiés le 17 mars 2019 depuis le pont du Pourquoi Pas?, navire de recherche de la Flotte océanographique française © Xavier Durrieu de Madron

La Méditerranée, une mer sous pression

Explorations

La Méditerranée est un monde en soi qui a connu l’émergence de grandes civilisations. Elle est aujourd’hui encore un lieu unique de diversité biologique, culturelle, économique, politique et religieuse. Cet incroyable creuset, sans équivalent sur Terre, fait face à un nouveau défi : celui de devoir s’adapter rapidement aux effets combinés du réchauffement climatique, de la pression démographique et de l’usage excessif des ressources naturelles. Alors que la température de la planète n’a augmenté « que » de 1 °C, le réchauffement atteint 1,4 °C dans le bassin méditerranéen depuis le début de l’ère industrielle, avec des conséquences mesurables telles que l’élévation du niveau de la mer et son acidification, ou la baisse notable des précipitations dans le sud et l’est. Les travaux du GIEC (Groupe d’experts inter- gouvernemental sur l’évolution du climat) anticipent pour les décennies à venir une amplification de ces phénomènes qui, en Méditerranée plus qu’ailleurs, menacent directement la biodiversité et la santé des populations. Sollicités par les habitants et les décideurs soucieux d’atténuer ces bouleversements, les chercheurs du CNRS et d’autres organismes de recherche se sont organisés dès 2010 pour « se mettre au chevet » de la Méditerranée en se fédérant au sein d’un grand programme de recherche interdisciplinaire d’une durée de dix ans : MISTRALS.

Grâce à ce programme, plus de 1000 scientifiques de 23 pays ont étudié les interactions entre climat, environnement et civilisations anciennes, analysé les particules issues de la pollution atmosphérique à l’aide d’avions et de satellites, modélisé à l’aide de supercalculateurs les sécheresses, les crues et l’évolution des précipitations des prochaines décennies, embarqué sur des navires pour mesurer les courants du large, les contaminants dans l’eau et le phytoplancton, mesuré l’impact de l’agriculture et de l’urbanisation sur la pollution des sols et des eaux souterraines, ou encore décrit l’évolution de la biodiversité dans les eaux côtières ou sur les îles.

L’impressionnante quantité de connaissances tirées de ces travaux et publiées dans 1500 articles scientifiques a permis des avancées majeures pour comprendre les processus physiques, chimiques et biologiques qui affectent l’environnement en Méditerranée, et répondre aux problématiques sociétales de gestion durable des ressources (eaux, sols), de préservation de la qualité de l’air et des eaux, d’aménagement des territoires et de prévention des risques naturels (crues, tempêtes, sécheresses, etc.). MISTRALS a induit l’émergence de réseaux internationaux de scientifiques afin de structurer les futures recherches et communiquer vers le public et les décideurs.

Pour que la Méditerranée reste longtemps un monde où il fait bon vivre…

Auteur

Cyril Moulin
Directeur adjoint de l'INSU

© Xavier Durrieu de Madron

Légende

 L’industrialisation, l'exploitation des ressources et le tourisme combinés au réchauffement climatique affectent l’environnement sur terre comme en mer et déstabilisent les écosystèmes naturels ainsi que les conditions de vie des populations. Ici, le port grec d’Héraklion, en Crète, et le massif enneigé du mont Psiloritis en arrière-plan, photographiés le 17 mars 2019 depuis le pont du Pourquoi Pas?, navire de recherche de la Flotte océanographique française, dans le cadre de la campagne PERLE du programme MISTRALS.