Vivre sur les collines Méditerranéennes au temps de la sècheresse

Explorations

Le site archéologique de Case Bastione, proche de Enna - au centre de la Sicile sur les monts Erei, à 610 mètre au-dessus du niveau de la mer- est situé au pied d’une falaise dans un environnement privilégié proche d’un lac et de cours d’eau. A la faveur de sa position entre terre et mer, son occupation préhistorique remonte à la fin de l’Age du Cuivre/début de l’Age du Bronze.1 Les archéologues évaluent la présence d’un village d’environ 2 hectares, caractérisé par des structures de cabanes avec des bases en pierres, de nombreux poteaux en bois et des parois en matériaux végétales recouverts de torchis. Plusieurs structures de combustion, au moins en partie utilisées pour griller les céréales, y sont décrites.

Les fouilles archéologiques, réalisées stratigraphiquement, visaient une reconstruction la plus détaillée possible de l’environnement dans lequel ces communautés humaines vivaient et interagissaient. L’analyse des sols a mis en évidence des restes de charbon de bois et graines, témoins de l’exploitation des ressources végétales et de l’économie du village par les préhistoriques. La principale ressource forestière utilisée est le bois de chênes caducifoliés (Quercus virgiliana), qui dominaient le paysage. Les restes ostéologiques étudiés apportent la preuve d’une activité humaine tournée vers l’exploitation de la faune forestière forestières accompagnant la consommation d‘une faune domestiquée (caprins et bovins). Plusieurs espèces et variétés de céréales et légumineuses complètent la diète.

Les restes botaniques comme les graines ont fait l’objet d’analyses isotopiques permettant de reconstituer les conditions d’aridité auxquelles été soumises les cultures. En accord avec les reconstructions paléoclimatiques fournies par l’analyse des pollens déposées dans le lac de Pergusa non loin de Case Bastione et d’autres enregistrements en Méditerranée, il apparaît qu’autour de cette phase, la Méditerranée centrale a traversé une période d’aridité. Toutefois même si les résultats de Case Bastione montrent un changement climatique entre 4500 et 4200 ans, celui-ci n’a cependant pas beaucoup influencé les conditions environnementales du territoire autour du site. En considérant la démographie de l’ile à la fin du 3eme millénaire, nous pouvons envisager que les communautés humaines ont fait le choix de se déplacer des côtes vers des environnements moins affectés par ces changements, et mieux adaptés pour l’agriculture.

Le paysage de la Sicile centrale du 21ème siècle (malgré les activités humaines depuis les débuts de la mécanisation il y a plus d’un siècle qui se sont traduits par la perte du patrimoine sylvicole) est mieux conservé et moins érodé que les territoires côtiers. Il ressort de notre étude sur l’histoire environnementale de Case Bastione que le statut de cet écosystème multimillénaire des monts Erei doit être repensé, réhabilité et reconnu comme un centre de biodiversité agro-pastoral, un patrimoine à conserver pour les générations futures. Dans le contexte des changements globaux, la vulnérabilité des îles de la Méditerranée pourrait être réduite en s’inspirant des pratiques multimillénaires (économie locale avec la culture des céréales et légumineuses, l’utilisation du bois d’espèces endémiques et des ressources naturelles en eau). 

  • 1. fin du 3eme millénaire av. J.-C.

Auteure

Claudia SPECIALE

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Vue du paysage actuel de Case Bastione depuis Monte Gaspa © Claudia Speciale