Ruines des bâtiments de l'installation minière de la Penaroya datant du protectorat français et regardant vers le sud et la carrière et la cimenterie Cement Carthage, avec le Jebel Ressass à gauche
Ruines des bâtiments de l'installation minière de la Penaroya datant du protectorat français et regardant vers le sud et la carrière et la cimenterie Cement Carthage, avec le Jebel Ressass à gauche © Mehdi Saqalli

Méditerranée : Une mosaïque de nuisances et de contaminations

Explorations

Au pied du Jebel Ressass, la Montagne de plomb décrite par Flaubert dans Salammbô, la plaine de Mornag est une terre fertile, aux superbes oliviers, et au passé millénaire : l’aqueduc romain y déroule ses 132 km de long pour alors approvisionner Carthage en eau. Ce paysage historique est soumis actuellement à une accumulation d’enjeux environnementaux. Oléiculture d’exportation, exploitation de plomb dans la montagne : si cette plaine porte depuis l’époque carthaginoise un long passé d’usages qui se combinent, et dont l’intensité varie dans le temps, le 20ème et le 21ème siècle ont vu leurs nuisances s’intensifier et des risques se multiplier, à l’instar d’autres territoires de la Méditerranée, anthropisés et transformés depuis une période aussi longue et étudiés par des programmes comme MISTRALS ou des groupes de recherche comme O-LIFE.

Dans cette plaine  a été réalisée une enquête par cartographie à dires d’acteurs : on interroge les habitants avec le support d’une carte sur laquelle est scotchée un calque ; sur celui-ci, on dessine les perceptions des habitants comme réponse à une seule et unique question : « concernant l’environnement dans cette région, est-ce partout pareil ? ». Les différences et les risques sont alors positionnés tout au long de l’interview. En multipliant et combinant les cartes faites sur base des perceptions locales avec le système d’information géographique (SIG), on a ainsi pu recenser et circonscrire les risques et nuisances vus par les habitants et positionner de nouveaux qui n’étaient ni déjà connus ni envisagés  dans les politiques publiques. Dix risques majeurs ont ainsi été recensés, certains connus et circonscrits comme les poussières des terrils chargées de métaux lourds, l’intrusion d’eaux salines du fait de la baisse de la nappe phréatique. D’autres, comme les déchets ménagers, les élevages industriels, l’assainissement des eaux sont plus diffus mais s’avèrent plus visibles dans la vie quotidienne, marquant la périurbanisation de ce territoire initialement rural mais de plus en plus connecté à Tunis.

Comme tous les pays des deux rives de la Méditerranée en voie d’industrialisation, la Tunisie doit adapter ses modes de régulation publique de ces risques et problèmes : poussières de cimenterie et de carrière, nitrates des eaux d’irrigation, pesticides de l’oleiculture sont autant de marqueurs de cette expansion agro-industrielle. Ainsi a-t-on identifié, au croisement de la route C35 et de l’embranchement vers le bourg d’Arrissala, un hameau qui cumule huit risques sur les dix. Cette méthode peut servir aux élus et aux acteurs locaux pour hiérarchiser les priorités, du point de vue des populations, en termes de gestion des risques, contaminations et nuisances sur leur territoire. Un outil d’appui au développement et à la participation des citoyens au service de la nouvelle Tunisie contemporaine !

Auteurs

Mehdi Saqalli1

  • 1. Laboratoire Géographie de l'Environnement, CNRS Géode
Ruines des bâtiments de l'installation minière de la Penaroya datant du protectorat français et regardant vers le sud et la carrière et la cimenterie Cement Carthage, avec le Jebel Ressass à gauche
Ruines des bâtiments de l'installation minière de la Penaroya datant du protectorat français et regardant vers le sud et la carrière et la cimenterie Cement Carthage, avec le Jebel Ressass à gauche © Mehdi Saqalli