bizerte
Les écosystèmes aquatiques des lagunes subissent de fortes pressions anthropiques. La lagune de Bizerte connaît des pollutions diverses, comme ici le passage de bateaux, etc. La préservation d'une eau de qualité pour la conchyliculture pose problème.© IRD - Céline Lafabrie

Relever le défi de la multi-contamination des eaux en Méditerranée

Explorations Océan Atmosphère

Le bassin méditerranéen est notoirement contaminé par des produits et résidus issus de l’activité humaine. Ces contaminants se concentrent dans les eaux continentales (rivières, nappes phréatiques,...) qui les transportent jusqu’à la mer. Jusqu’à aujourd’hui, l’étude de la contamination de l’eau était fréquemment abordée de façon fragmentée, soit par milieux d’études (eaux de surface ou en sous-sol, océan,...), soit par spécialités (biologistes, écologues, épidémiologistes,...). De même, les chimistes de l'environnement se focalisent souvent sur un faible nombre de contaminants, lié à une thématique de recherche adossée à une famille spécifique de méthodes d’analyses ou d'échantillonnage. Bien qu’indispensables, ces approches ne permettent pas d’appréhender les fortes interactions qui existent entre les différents contaminants dans le milieu naturel (“effet cocktail” sur la toxicité, effets catalytiques des métaux, effets bactéricide des antibiotiques et enfin effet pesticide des fongicides).

La lagune de Bizerte, dans le Nord de la Tunisie, est connue pour être le lieu de concentration de multiples activités urbaines, agricoles, industrielles et portuaires qui génèrent une multi-contamination impactant sa biodiversité et sa productivité aquacole. Un de ces affluents, l'Oued Gueniche, présente un contexte particulièrement approprié pour tester une approche interdisciplinaire qui envisage de concert la plupart des contaminants. En se regroupant à la faveur du programme MISTRALS, une équipe Franco-Tunisienne mène depuis deux ans une étude originale où biologistes, hydrologues, hydrogéologues et agronomes sont associés à des spécialistes des contaminations par les (organo)-métaux et substances organiques (pesticides, émergentes). Dans cet effort collectif, chacun détermine en parallèle ‘ses’ mesures pour que l’information puisse être croisée ultérieurement.

Les premiers résultats obtenus sont prometteurs car ils soutiennent l'intérêt d’une démarche exhaustive et collaborative. En effet, ils montrent la présence dans l’eau de l’oued de 41 contaminants quantifiés (20 substances actives de pesticides et métabolites, 14 molécules émergentes majoritairement pharmaceutiques et 7 métaux). Vingt-huit molécules ont été dosées au moins une fois à une valeur supérieure à 0,1μg/L. Localement, les eaux souterraines sont peu affectées par cette contamination qui ne semble toucher qu’une partie de la nappe phréatique en période de forte irrigation. En saison pluvieuse, l’oued drainant la nappe et les sols traités pourrait expliquer certaines des teneurs en pesticides observées.

Le défi est immense pour cette équipe Franco-Tunisienne qui va devoir mener un grand nombre de mesures variées avant d’unir leurs expertises et confronter leurs interprétations pour aboutir à une meilleure compréhension des processus en jeu dans des cas de multi-contamination du milieu naturel. De plus, la mise en évidence d'interactions des contaminants avec les organismes présents dans ces milieux (larves, mollusques,...) devrait être un résultat particulièrement important de ce projet.

Auteures et auteurs

Olivier Grunberger1 , Chrystelle Bancon-Montigny2, Mustafa Bejaoui3, Ines Sahraoui4, Radhouane Hamdi5, Safouan Ammar6, Hanene Chaabane7, Manon Lagacherie8, Jean-Denis Taupin9, Walid Chmingui10, Olfa Mahjoub11, Asma Sakka12, Olivier Pringault13 

 

Interface entre terre et mer, la lagune de Bizerte est soumise à une double influence marine et continentale. Les sources de pollution chimique et microbiologique de cette importante zone économique Tunisienne sont donc multiples.

#Mediterranée : A explorer aussi ...

Au sein du programme MISTRALS, plus de 1000 scientifiques de 23 pays ont étudié l’environnement et les changements globaux dans et autour de la mer Méditerranée, et publié plus de 1500 articles scientifiques. Coordonné par le CNRS, Mistrals est un programme commun entre l’Ademe, le CEA, l’Ifremer, INRAE, l’IRD et Météo-France.  Retrouvez ici d'autres articles illustrant de ce grand programme. Lancé le 10 mars 2010, le programme de recherche Mistrals est arrivé à son terme. Retrouvez ici quelques articles illustrant ce grand programme.